Tasha Nampijinpa Collins Tasha Nampijinpa Collins est née en 1988 à l'hôpital d'Alice Springs, l'hôpital le plus proche de Yuendumu, une communauté aborigène isolée à 290 km au nord-ouest d'Alice Springs dans le centre de l'Australie. Tasha est la petite-fille de Ruby Nakamarra Collins et la fille de Vanessa Nungurrayi Collins et Christopher Jangala Gallagher. Elle a grandi à Yuendumu et a fréquenté l'école locale, dont elle a obtenu son diplôme à l'âge de 17 ans. Elle est mariée et a une fille, la petite Napanganka, née en 2014. En 2004, Tasha a commencé à peindre pour le centre d'art. Elle a commencé lorsqu'elle a assisté à des ateliers au centre d'art pendant les vacances scolaires, mais une fois l'école terminée, elle a peint régulièrement, développant un style individualiste moderne qui intègre l'iconographie traditionnelle et des couleurs vives pour représenter son Jukurrpa. Elle peint les Ngapa Jukurrpa (Rêves d’eau) de son père. Le site représenté sur ce tableau est Puyurru, à l’ouest de Yuendumu. Dans les lits des ruisseaux habituellement secs se trouvent des « mulju » (puits d’infiltration), ou puits naturels. Les « kirda » (propriétaires) de ce site sont des femmes Nangala/Nampijinpa et des hommes Jangala/Jampijinpa. Deux hommes Jangala, faiseurs de pluie, ont chanté la pluie, déclenchant une tempête géante. La tempête a traversé le pays d’est en ouest, voyageant initialement avec un « pamapardu Jukurrpa » (rêve de termites) de Warntungurru à Warlura, un point d’eau à 13 km à l’est de Yuendumu. À Warlura, un gecko appelé Yumariyumari a soufflé la tempête sur Lapurrukurra et Wilpiri. Des éclairs ont fusé à Wirnpa (également appelé Mardinymardinypa) et à Kanaralji. À ce stade, la piste du Rêve comprend également le « kurdukurdu mangkurdu Jukurrpa » (Rêve des enfants des nuages). Le Rêve de l’eau a construit des collines à Ngamangama en utilisant des bébés nuages ??et a également planté de longs nuages ??pointus dans le sol à Jukajuka, où ils peuvent encore être vus aujourd’hui sous forme de formations rocheuses. Le Rêve des termites a finalement continué vers l’ouest jusqu’à Nyirripi, une communauté située à environ 160 km à l’ouest de Yuendumu. Le Rêve de l’eau a ensuite voyagé depuis le sud jusqu’à Mikanji, un cours d’eau avec des zones de trempage au nord-ouest de Yuendumu. À Mikanji, la tempête a été captée par un « kirrkarlanji » (faucon brun [Falco berigora]) et emmenée plus au nord. À Puyurru, le faucon a déterré un « warnayarra » géant (serpent arc-en-ciel). Le serpent a emporté de l’eau avec lui pour créer un autre grand lac, Jillyiumpa, près d’une station éloignée dans ce pays. Les « kirda » (propriétaires) de cette histoire sont des hommes Jangala et des femmes Nangala. Après s’être arrêté à Puyurru, le Rêve d’eau a continué son voyage à travers d’autres endroits, notamment Yalyarilalku, Mikilyparnta, Katalpi, Lungkardajarra, Jirawarnpa, Kamira, Yurrunjuku et Jikaya, avant de se diriger vers le pays Gurindji au nord.
Tatali Napurrula Ethnie Luritja / Pintupi – communauté de Kintore Tatali décrit souvent, à la manière des artistes du désert, c’est-à-dire comme vu du ciel, le site de Pinpirri et les événements qui s’y déroulèrent au Temps du Rêve. Un groupe de femmes est venue là pour faire des cérémonies. Les formes en arc de cercle représentent les dunes et les roches qui entourent ce site. Tatali (Tatuli ou encore Pippini) est une Luritja née à Haasts Bluff vers 1943. Elle est la cousine de Turkey Tolson Tjupurrula. Ses parents sont parmi les premiers à sortir du Désert Occidental pour prendre contact avec la civilisation occidentale et bénéficier des rations alimentaires. Après avoir vécu à Haasts Bluff longtemps (où l’on parle le Luritja) elle regagne Kintore lors de la création de cette communauté en 1981. Elle commence à peindre en 1998. Coll : FU
Ted Egan Jangala Ted Egan Jangala est un homme de Yuendumu, communauté Warlpiri établie dans le désert du Tanami, à environ 300 kilomètres au nord-ouest d'Alice Springs. Yuendumu est le foyer d'une communauté principalement Warlpiri, dont l'effervescence artistique et cérémonielle est l'une des plus riches d'Australie centrale. C'est dans ce creuset que Ted Egan Jangala a forgé une vie qui, en apparence, semble double : celle d'un homme ancré dans le monde contemporain, et celle d'un gardien farouche d'une tradition millénaire. Mais pour lui, ces deux dimensions n'en ont jamais formé qu'une seule. Pendant vingt-cinq ans, Ted Egan Jangala a travaillé comme pisteur pour la police australienne. Ce rôle — lire les traces sur le sol, interpréter les empreintes, reconstituer des déplacements dans un paysage que les non-Warlpiri perçoivent comme vide — est pourtant tout sauf anodin dans une culture où la connaissance du pays, yurntumu-wiri, est une responsabilité spirituelle autant qu'une compétence pratique. Savoir lire la terre, c'est savoir qui y a marché, quand, et pourquoi. Pour un homme dont le Rêve est celui de l'émeu, un animal qui parcourt le pays en quête de nourriture et d'eau, le pistage n'est pas séparable du sacré. Ce qui définit Ted Egan au-delà de tout autre titre, c'est son statut d'initié — de Wati — dans la société Warlpiri. Les Warlpiri du désert du Tanami ont, depuis quelques décennies, cherché à faire vivre leurs traditions cérémonielles dans des espaces interculturels, tout en maintenant des liens essentiels à leur identité. Ted est l'une de ces figures qui ont porté cette responsabilité avec une intensité particulière, s'investissant dans la préservation et la transmission de la culture Warlpiri, notamment à travers la danse et le théâtre traditionnels. Il a été l'un des fondateurs d'un groupe de danse et de performance qui s'est produit à travers le monde, portant les chants, les gestes rituels et les récits du Temps du Rêve bien au-delà du désert australien. En 2002, Ted Egan Jangala se rend à Paris dans le cadre de l'exposition Wati — terme Warlpiri désignant précisément les hommes initiés, ceux à qui sont confiés les savoirs cérémoniels les plus profonds. Sur place, il réalise des peintures traditionnelles exécutées directement sur le sol, en fibres végétales, selon une technique ancrée dans les pratiques rituelles du désert. Ce geste n'est pas une simple démonstration : c'est un acte de souveraineté culturelle. Peindre sur le sol d'une autre culture ce qui appartient à la sienne, dans le médium et la forme que la tradition exige, c'est affirmer que le Jukurrpa n'est pas une relique muséale — c'est une force vivante, transportable, universelle dans sa profondeur. Le Rêve / Jukurrpa principal de Ted Egan Jangala est le Yankirri Jukurrpa — le Rêve de l'Émeu. Ce Jukurrpa appartient aux hommes Jangala et Jampijinpa, ainsi qu'aux femmes Nangala et Nampijinpa. Le site central de ce Rêve est Ngarlikurlangu, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Yuendumu : c'est là que l'ancêtre émeu (une sorte de divinité) voyageait pour trouver de l'eau au point d'eau rocheux. Dans ce Rêve, les émeus parcourent le pays en tous sens, trouvant de l'eau en chemin. Le père émeu couve le nid et enseigne aux jeunes comment trouver la nourriture dans le bush. Les familles voyagent ensemble. Ce voyage de l'émeu ancestral est intimement lié au plateau traditionnel — objet féminin fondamental de la culture du désert — qui servait à collecter les baies, les graines, les fruits, et à transporter l'eau précieuse. Ce plateau n'est pas un simple ustensile : il est le lien matériel entre le corps des femmes, la générosité de la terre et la perpétuation du groupe. Dans l'iconographie Warlpiri contemporaine, l'émeu est généralement représenté par ses wirliya — ses empreintes de pattes — des formes en flèche qui le montrent arpentant le pays à la recherche des yakajirri, les raisins sauvages. Ces baies étaient ramassées et compressées en boules de fruits appelées kapurdu, conservées pour plus tard. Le Rêve recèle également une dimension conflictuelle : une dispute éclata à Ngarlikurlangu entre l'ancêtre émeu et le wardilyka — la outarde australienne — à propos du partage des yakajirri. Cette tension entre abondance, partage et jalousie traverse le récit comme une leçon morale inscrite dans le paysage lui-même. Il existe aussi une danse liée à ce Jukurrpa, exécutée lors des cérémonies d'initiation. Ted Egan Jangala incarne une figure rare dans le monde de l'art aborigène contemporain : celle de l'homme dont la pratique artistique est indissociable d'une vie entière de responsabilité envers sa culture. Il n'a pas peint pour devenir artiste — il a peint parce qu'il est initié, parce que le Jukurrpa exige d'être dit, montré, dansé, tracé. Que ce soit sur le sol de sable rouge du Tanami ou sur le dallage d'une salle parisienne, le geste reste le même : rappeler que les ancêtres ont marché là, que leurs traces sont encore lisibles, et que la connaissance ne disparaît que si personne ne se lève pour la transmettre.
TERESA BAKER Teresa Baker est née en 1977 à l'hôpital d'Alice Springs. Sa mère, Kay Baker, est une Pitjantjatjara de Kanpi et son père un Pitjantjatjara de Yalata. Teresa a passé une grande partie de sa jeunesse avec son grand-père, le célèbre artiste Jimmy Baker, à apprendre le pays et les histoires sacrées qui y sont associées. Aujourd'hui, elle travaille à l'école de Murputja et transmet les connaissances acquises à la génération suivante. A cette période, la communauté en était à ses débuts et n'avait pas de maison. Plus tard, elle a déménagé à Fregon pour vivre avec sa mère, l'artiste Kay Baker. Elle a terminé ses études à Fregon puis à Adélaïde. Après avoir quitté l’école, Teresa a commencé à travailler à l'école de kanpi où elle enseignait la langue Pitjanjara. Teresa a commencé à peindre en 2005 pour le centre d'art. Bon nombre de ses œuvres représentent le personnage de la femme, Marlilu. Comme les autres artistes des communautés méridionales du centre de l'Australie, Teresa affectionne les couleurs chaudes qu'elle mêle avec brio mais elle peut aussi réaliser des compositions avec des jaunes et mauves du plus bel effet. Teresa est mariée et mère de trois enfants et vit actuellement entre Alice Springs, Kanpi et son pays natal à Watarru. Awards 2017 Wynne Prize, Art Gallery of NSW - Finalist 2016 64th Blake Prize - Finalist 2016 Telstra National Aboriginal and Torres Strait Islander Art Award (NATSIAA) - Finalist 2013 Kate Challis RAKA Award - Finalist
TERESA PULA Ethnie Anmatyerre – communauté d’Utopia – Désert Central Teresa est originaire des terres de la communauté d’Utopia. Le style artistique de cette communauté est moins marqué que dans les autres communautés célèbres comme Yuendumu, Kintore, Balgo,… . C’est que les artistes vivent en général dans des petites structures de 20 à 100 personnes éparpillées sur une grande superficie. A chaque structure apparaît une certain style…encore que les expérimentations y soient plus nombreuses qu’ailleurs. Teresa est la fille de Barbara Weir, la petite fille de Minnie Pwerle et l'hétière d'Emily Kame Kngwarreye, trois artistes majeurs du mouvement artistique aborigène.
Terry Rumble Petyarre groupe Anmatyerre / Alyawarre – Utopia – Désert Central Terry (décédé en 2004) fait partie d’une des plus importantes familles d’artistes aborigènes. Il est le mari d’Abie Loy Kemarre, petite fille de Kathleen Petyarre.
Tess Napaltjarri Ross Groupe linguistique Warlpiri – communauté de Nyirrpi – Désert Central Le Rêve de Goanna (lizard) inspire le plus souvent Tess. Il vient de Yarumayi, un site sacré important riche en ocre et d’où l’on tire les pierres qui feront des churingas (objets sacrés). Cette toile décrit plus tout à la fois le retour des goannas et les hommes cherchant des pierres pour les cérémonies (qui vont symbolisées les œufs de goanna. Ce Rêve appartient aux femmes Nungurrayi et Napaltjarri et aux hommes Jungurrayi et Japaltjarri. Tess est née en avril 1949. Elle a suivi de bonnes études, tout d’abord à l’école de Yuendumu puis à Darwin. A son retour elle a collaboré au programme Two-Way d’enseignement de la culture Warlpiri. Elle a aussi travaillé comme traductrice et coninue de participer à de nombreux projets pour la communauté. Elle est mariée à Jack Ross Jakamarra, un initié important de Yuendumu.
Tessie Nelson Tessie est née dans un village près de Papunya, dans le Territoire du Nord. Sa grand-mère était artiste à Papunya et, petite fille, Tessie l'observait peindre. Installée à Pukatja depuis de nombreuses années, elle compte parmi les artistes émergents du centre d'art.
Gambinya Thelma Burke Pour comprendre l'art de Gambinya Thelma Burke, il faut d'abord se tourner vers la géographie et l'histoire de son île natale. Mornington Island — Gununa dans la langue locale — est une île isolée du golfe de Carpentarie, dans le nord du Queensland, en Australie. Elle appartient à l'archipel des îles Wellesley, un ensemble d'îles basses et plates, vestiges d'un continent engloutit par la montée des eaux à la fin de la dernière période glaciaire, il y a environ 6 500 ans. Cette situation d'extrême isolement géographique a joué un rôle décisif dans la préservation des cultures autochtones de la région, mais aussi dans leur fragilisation au moment du contact colonial. Trois grands groupes linguistiques cohabitent dans cet archipel : les Lardil, les Kaiadilt (ou Kaidilt) et les Yangkaal. C'est à ce troisième groupe qu'appartient Thelma Burke. Les Yangkaal sont le groupe le moins nombreux et le moins connu des trois, et leur pays traditionnel se trouve sur les îles environnantes, notamment l'île de Forsythe, connue sous le nom de Mayanba dans la langue Yangkaal. Cette appartenance culturelle particulière, que nous verrons, n'est pas anodine dans la lecture de son œuvre. En 1914, des missionnaires presbytériens s'installèrent sur Mornington Island et regroupèrent de force les populations des différents groupes linguistiques. Ce rassemblement brutal, accompagné d'une vie en dortoirs, d'une dépossession culturelle et d'une séparation des familles, laissa des traces profondes dans la mémoire collective — traces que l'on retrouve, de manière explicite ou symbolique, dans de nombreuses œuvres des artistes de la région. Le Mornington Island Arts and Crafts Centre (aujourd'hui appelé Mirndiyan Gununa) est l'une des organisations artistiques autochtones les plus anciennes d'Australie. C'est au sein de ce centre que Thelma Burke commença à peindre, parmi les premières artistes à rejoindre le mouvement lors de son essor dans les années 2000. L'élément déclencheur de cette effervescence artistique fut la rencontre avec une femme exceptionnelle : Mirdidingkingathi Juwarnda Sally Gabori, une ancienne de l'île Bentinck, qui commença à peindre dans ses quatre-vingts ans et fut rapidement propulsée sur la scène internationale. C'est en partie grâce à son exemple que d'autres femmes, dont Thelma Burke, se mirent à peindre. Selon le témoignage de la fille de Thelma Burke, sa mère fut l'une des artistes originelles à commencer à peindre aux côtés de Sally Gabori, dans ces premières années de création collective. Ce contexte est important : il ne s'agissait pas d'une démarche individuelle et isolée, mais d'un acte communautaire, un partage de mémoire, d'histoires et d'émotions entre femmes d'horizons linguistiques différents, réunies autour d'une même envie de transmettre et de créer. Comme c'est souvent le cas pour les artistes autochtones australiens, Thelma Burke porte deux noms : son nom légal en anglais, héritage de la période coloniale, et son nom en langue Yangkaal — Gambinya. Ce nom de langue incarne une identité profonde, liée à une appartenance clanique, à un territoire et à un réseau de relations familiales qui dépassent largement la simple étiquette nominative. Son pays d'origine, Mayanba, est situé sur l'île de Forsythe, dans les eaux entourant Mornington Island. Ce territoire n'est pas qu'un lieu physique : il constitue le socle spirituel et narratif de son art. Peindre ce pays, c'est en entretenir la vitalité, en affirmer la possession et en transmettre la connaissance aux générations futures. L'un des aspects les plus intéressants de l'œuvre de Thelma Burke tient à sa différence stylistique avec les artistes les plus célèbres issues du même centre d'art. Les peintres Kaiadilt — telles que Sally Gabori ou ses nièces — sont connues pour leur esthétique exubérante, abstraite et gestuelle : de grandes plages de couleurs vives, des touches dynamiques, une énergie presque expressionniste qui s'impose immédiatement au regard. Les œuvres de Thelma Burke, en revanche, s'en distinguent clairement. Sa différence d'appartenance linguistique — elle est Yangkaal, et non Kaiadilt ou Lardil — se manifeste dans une approche picturale propre, ancrée dans les histoires et la géographie de son propre pays. On retrouve dans ses toiles une attention particulière au territoire terrestre et pastoral, notamment dans des œuvres comme Lorraine Station (2007), une peinture sur toile de lin conservée à la National Gallery of Victoria de Melbourne — l'une des plus importants musées d'Australie — et acquise grâce au Cultural Gifts Program du gouvernement australien. Le titre lui-même est révélateur : les stations pastorales (grandes propriétés d'élevage) jalonnent l'histoire des peuples autochtones du nord de l'Australie, qui y travaillèrent souvent comme main-d'œuvre bon marché ou forcée. Comme pour toute artiste autochtone australienne, peindre n'est pas simplement une activité esthétique : c'est un acte culturel de première importance. Dans la tradition des peuples de cette région, seules les personnes ayant hérité du droit de raconter une histoire — droit transmis au sein des groupes de parenté et des clans — peuvent la représenter visuellement. L'art est ainsi un vecteur de transmission de savoirs, de lois et de relations au territoire. Thelma Burke puise dans deux grands registres narratifs. D'une part, les histoires de son pays Yangkaal, en particulier les sites de Mayanba et des îles environnantes : les eaux du golfe, les écosystèmes côtiers, les lieux chargés de mémoire ancestrale. D'autre part, la mémoire historique vécue, notamment la vie sur les stations pastorales du continent australien — où de nombreuses femmes de Mornington Island partirent travailler dès les années 1940 et 1950 — et le souvenir du regroupement forcé des communautés sur l'île principale. Cette double inspiration — mythique et autobiographique — est caractéristique de la peinture de Mornington Island dans son ensemble, mais chaque artiste l'exprime à travers le filtre de sa propre appartenance culturelle et de sa propre expérience de vie. L'importance de Thelma Burke dans l'histoire de l'art de Mornington Island est à mesurer à l'aune de son rôle pionnier. Elle fait partie des premières femmes à s'être engagées dans la peinture au sein du centre d'art, participant à la fondation d'une tradition qui allait ensuite connaître un rayonnement international. Sa fille poursuit aujourd'hui cet héritage, non par la peinture mais par la fabrication de bijoux et le tissage, en déclarant ressentir la présence de sa mère chaque fois qu'elle crée au centre d'art. Ce passage de témoin illustre parfaitement la conception autochtone de l'art : non pas comme l'expression d'un talent individuel et solitaire, mais comme le maillon d'une chaîne de transmission qui relie les ancêtres, les vivants et les générations à venir.
Theo (Faye) Nangala Hudson est née en 1989 à l’hôpital d’Alice Springs, l’hôpital le plus proche de Nyirripi, une communauté aborigène isolée située à 440 km au nord-ouest d’Alice Springs dans le centre de l’Australie. Elle est née de Mika et Ursula Napangardi Hudson. Theo a fréquenté l’école locale jusqu’à l’âge de 14 ans. Lorsqu’elle a quitté l’école, elle a fait des petits boulots et a ensuite rejoint la patrouille de nuit de Nyirripi, un service qui assure un transport sûr, évite les contacts avec le système de justice pénale et intervient pour prévenir les troubles dans les communautés. Theo est mariée et a trois enfants. Theo a commencé à peindre en 2002, alors qu’elle avait 13 ans, tout d’abord comme un jeu puis vers 2006, elle s’y consacre vraiment. « Je regardais ma grand-mère peindre et j’écoutais ses histoires ». Theo peint les Jukurrpa (rêves) de sa mère et les Jukurrpa de son père, comme le Yuparli Jukurrpa (rêve de banane sauvage) du côté de sa mère et le Pikilyi Jukuurpa (rêve de Vaughan Springs, un thème important pour les Warlpiri) du côté de son père. Ces rêves ont été transmis à travers les millénaires. Theo utilise une palette sans restriction et aime créer des motifs qui représentent une interprétation moderne de sa culture traditionnelle. Lorsque Theo ne peint pas et ne s’occupe pas de sa famille, elle aime aller à la chasse aux Yurrampi (fourmis à miel) et aux Yuparli (banane sauvage).
Theresa Nangala Theresa Campbell Nangala est née en 1985 à Kiwirrkurra, en Australie Occidentale mais non loin de la frontière avec le Territoire du Nord. Theresa peint depuis plus de dix ans et peint régulièrement avec sa mère, l'artiste bien établie Bambatu Napangardi. Bambatu (dit aussi Bombatua) a appris à sa fille à peindre ses histoires et elles collaborent fréquemment sur de grandes toiles ensemble. Bambatu est la veuve de Dinni Campbell Tjampitjinpa, le père de Theresa, également un artiste remarquable du mouvement artistique. La sœur de Theresa, Christine Campbell Nangala, est également une artiste talentueuse.
Theresa Nowee Napaltjarri groupe Kukatja et Pintupi Theresa est née en 1971. Elle est issue d’une famille qui compte plusieurs artistes très réputés. Son père est Brandy Tjungurrayi sa tantes et ses oncles sont Elizabeth Nyumi, Patrick et Helicopter Tjungurrayi. C’est donc tout naturellement qu’elle se met à la peinture. Elle puise son inspiration dans les motifs associés au « Pays » de son père, situé dans la région de Jupiter Well (un point d’eau dans la région très isolée du Désert Occidental (près de Kiwirrkurra). Elle commence sa carrière en 2001. Elle peut peindre de nombreux thèmes : Nynmi, Pintalpa (Bush Tomato), Mungarraui (Seeds of Damper), Kuniua (Ancestral Snake). Cependant, ses dernières années, elle s’est différenciée des autres artistes de Balgo (sa communauté d’origine) en créant un style plus sobre très différent. Parfois ses œuvres sont marquées par un fond presque monochrome souvent dominé par le blanc. Parfois il s’agit pour elle de couvrir simplement la toile de points de différentes couleurs. L’utilisation des bleus, souvent très doux, confère à ses peintures une atmosphère très particulière. Depuis elle a participé à de nombreuses expositions aussi bien en Australie qu’en Asie, et en Europe. Coll : Laverty Collections
Thomas Jangala Rice est né dans le bush en 1938 et a grandi de façon traditionnellement avec son groupe familial près de la ferme d’élevage de Mt Doreen, située à 345 km d'Alice Springs et établie bien avant la création de la communauté de Yuendumu où il vit désormais. Il a appris à chasser avec son père. Il a déménagé à Yuendumu avec ses deux épouses quand il était un jeune homme et a toujours joué un rôle important dans cette communauté. Il a ensuite épousé Jeannie Nungarrayi Egan, qui a des œuvres au Musée du Quai Branly. Il a d'abord travaillé comme traqueur et collaborateur de la police. Il a également travaillé pendant de nombreuses années avec Men's Night Patrol et à l'école en enseignant la culture traditionnelle. Pendant de nombreuses années, il a siégé à plusieurs comités, dont le conseil de Yuendumu, le magasin local, le Central Land Council (CLC) et comme membre du centre d'art Il commence à peindre de façon régulière en 1987. Bien qu'il ait peint de nombreuses histoires, il se concentre essentiellement depuis quelques années sur son Ngapa Jukurrpa (Rêve d'eau) associé au site de Puryurru. COLLECTIONS : Art Gallery of New South Wales, Sydney, Art Gallery and Museum, Glasgow, Akademie Der Kunste Berlin, Australian National Gallery, Canberra, Gantner-Myer Collection, Hida Musuem, Gifu, Japon, Newmont Mining, USA, South Australian Museum, Adelaide
Thomas Stevens Tjakamarra (Né vers 1948 - Décédé en 2005) Groupe linguistique : Luritja/Pintupi, Pitjanjatjara et Yankunytjatjara Région : Areyonga, à l’ouest d’Alice Springs, Territoire du Nord, et Mont Davies, Australie-Méridionale (au sud-ouest d’Alice Springs) L’ouvrage « The Heritage of Namatjira: The Watercolourists of Central Australia », édité par Jane Hardy, JVS Megaw et M Ruth Megaw, mentionne que Thomas était le frère cadet d’Eubia Namatjira, épouse d’Ewald Namatjira. Compte tenu de son appartenance linguistique, il est possible qu’il ait grandi à Areyonga, les familles de cette région ayant des liens étroits avec le territoire Pitjanjatjara. Il fut actif dès le début des années 1980. Il est plus connu pour sa production figurative de paysages d'Australie Centrale à l'aquarelle mais il a aussi peint, lors d'un séjour vers 1985 à Papunya notamment, dans un style plus traditionnel. Plus tard, lorsqu'il s'installa à Alice Springs, son travail renoua avec le style aquarelle d'Hermannsburg. Vivienne Johnson, auteure de « Aboriginal Artists of the Western Desert » ©, mentionne que Thomas reçut le nom de peau Tjakamarra après son mariage avec une femme de Papunya. Il illustra des livres pour le Centre de production littéraire de Papunya. Collections Flinders University Art Museum, Adelaide, SA Expositions : 1985 - The Second National Aboriginal Art Award Exhibition, Museum and Art Gallery of the Northern Territory, Darwin, NT 1988 - Papunya Tula Paintings, Wagga Wagga City Art Gallery, Wagga Wagga, NSW 1991 - The Painted Dream: Contemporary Aboriginal Paintings from the Tim and Vivien Johnson Collection, Auckland City Art Gallery and Te Whare Taonga o Aoteroa National Art Gallery, New Zealand 1991 - Heritage of Namatjira, Flinders University Art Museum, Bedford Park, SA
Thomas est encore jeune lorsqu’en 1984 sa famille prend contact avec la civilisation occidentale pour la première fois. En 1987 il expérimente pour la première fois la peinture sur toile mais cette expérience est de courte durer car son âge et donc ses connaissances ne sont pas suffisantes. Il se remettra à la peinture ultérieurement avec succès. Il s’inspire toujours des Cycles Tingari.
Thompson Yulidjirri (c, 1930 - ) groupe Kunwinjku - Terre d'Arnhem Occidentale – région d'Oenpelli Thompson Yulidjirri est un artiste respecté et un initié important en Terre d'Arnhem occidentale. Pendant de nombreuses années, il a joué un rôle important dans l'instruction des artistes jeunes et émergents de cette région. Il est connu pour ses miniatures d'images de Mimi, ses élégantes représentations de brolgas et de dindon sauvage, ses totems, ainsi que pour ses peintures de la cérémonie d'Ubarr, réalisées à la manière des rayons X. Il a été présenté dans plusieurs documentaires et a voyagé outre-mer pour exposer sa peinture. Il est également un danseur respecté qui, dans le cadre d'une coentreprise avec Stalker Theatre et Marageku Dance Companies, a conçu et conçu la production de Mimi, un spectacle qui a débouché sur une tournée en l'Australie, en Europe et dans certaines régions de l'Asie. Il était également l'un des chorégraphes dans le cadre de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Sydney 2000. Depuis 1984, il a participé à de nombreuses expositions collectives en Australie et à l'étranger, dont l'exposition Traditions in Transit de 1992 à New York, ou l'exposition Power of the Land à Melbourne en 1994. Il a également été chargé de produire une peinture pour le nouvel aéroport de Darwin, qui y est exposée en permanence. Coll NGA, Wellington Gallery, ..
Tilly Napaltjarri Tilly était mariée à Limpy Tjapangardi, artiste de Papunya Tula et homme Luritja Arrente. Elle a appris à peindre en observant son mari à Papunya, mais ce n'est que récemment qu'elle a commencé à peindre au Centre d'art et de femmes d'Ikuntji, après son déménagement à Haasts Bluff suite au décès de son époux. Tilly est profondément sourde et n'a jamais développé de langage oral, mais maîtrise la langue des signes autochtone. Guérisseuse respectée et chasseuse expérimentée, elle chasse régulièrement des plantes comestibles comme le varan et les larves de witchetty. Son tjukurrpa, « Rêve de l'opossum », raconte l'histoire de sa mère poursuivant un opossum à travers la brousse jusqu'au tronc d'un arbre creux, où il s'est réfugié. Sa mère a allumé un feu au trou à la base de l'arbre, faisant sortir l'opossum du tronc enfumé. C'est pourquoi Tilly est sourde et muette : cela allait à l'encontre du rêve de son enfant, et Tilly fut punie pour l'erreur de sa mère. Tilly peint régulièrement le rêve de son père – le chien ou papa tjukurrpa – et vit sur les terres de son père, autour d'Uluru et de Neunman. Tilly raconte les histoires du peuple-chien chassant et commerçant dans ces contrées, lors de leurs voyages vers Haasts Bluff. Les œuvres de Tilly dégagent une grande spiritualité et une magie profonde. Bien qu'elles soient peu connues du grand public, ceux qui les ont découvertes et en ont saisi la puissance sous-jacente reçoivent un précieux cadeau de cette peintre extraordinaire.
Tilo Nangala (Jurra) (1944 - 1990) Groupe Warlpiri - Yuendumu Tilo est originaire de Yuendumu. Ses œuvres ont été montrées dans des expositions prestigieuses comme "Aratjara" (il est alors un des 42 peintres de Yuendumu ayant participé à la création d’un grand format de 7x 3 m figurant dans cette exposition destinée au public européen), « Dreamings – the Art of Aboriginal Australia» (une expo itinérante destinée aux USA en 1988/89), "Dreamings" (1990 – South Australian Museum). La plupart de ses toiles se concentrent sur les thèmes du Rêve d’Eau et celui du Rêve d’Emeu.
TIMMY PAYUNKA TJAPANGATI (1940 / 2000– Pintupi) Tim est né à l’Est du lac Mc Kay. Ses parents l’ont élevé dans une optique purement traditionnelle. Devenu adulte, il s’est momentanément installé à Haasts Bluff avec sa femme et leur enfant pour, plus tard, dans les années 60, se rendre à Papunya afin de rejoindre un groupe important de Pintupi récemment implanté. C’est là qu’il commence à peindre au tout début du mouvement pictural. Il a longtemps vécu vit à Kintore avant de s’installer à Alice Springs pour des raisons de santé. Cependant il parvient à assumer les importantes responsabilités de la vie liturgique. Timmy est un personnage clé au sein des cérémonies qui se déroulent aux changements de saison sur le site argileux de Panayingi. Celles-ci sont souvent représentées dans ses Rêves Eau, Serpent, Femme qui danse et Dingo. Timmy est l’un des artistes les plus brillants qui ait assisté à la naissance du mouvement artistique. Ses œuvres sont exposées dans le monde entier et font partie d’importantes collections privées et publiques : National Gallery of Australia, Holmes à Court, Australian Museum, National gallery of Victoria, Museums and Art Galleries of the NT, South Australian Museum, … L’une de ses toiles (Cave Story – 1971 – 30 x 46 cm) a été vendue en vente publique prés de 370 000 F en 1999.
Sur l'île de Melville, à quelque soixante kilomètres au nord de Darwin dans la mer de Timor, là où les traditions aborigènes Tiwi ont survécu pendant plus de 40 000 ans dans un isolement relatif, est né en 1958 un artiste dont l'œuvre incarnerait à la fois la préservation d'un savoir ancestral et l'innovation contemporaine. Timothy Cook, membre du peuple Tiwi, est devenu l'un des artistes les plus célébrés et récompensés de son île, transformant les anciennes peintures corporelles cérémonielles en un langage visuel vibrant et universellement reconnu. Les îles Tiwi - Melville, Bathurst et neuf autres îles plus petites - ont développé une identité culturelle distincte du continent australien. La langue Tiwi elle-même est largement unique, résultat d'une période prolongée d'isolement géographique. Malgré la présence de missionnaires catholiques depuis 1911, les cérémonies aborigènes de chant et de danse sont restées largement autonomes, préservant un patrimoine artistique et rituel d'une richesse exceptionnelle. C'est dans ce contexte culturel que Timothy a grandi, dans la région de Mananowmi près de Goose Creek, terre qu'il considère comme son "pays". Élevé par les wulimawi - les anciens - il a absorbé les parlingarri jilamara, les "dessins des temps anciens", ces motifs transmis de génération en génération qui constituent le vocabulaire visuel complexe du peuple Tiwi. Dans les années 1990, le centre d'art Jilamara Arts and Crafts à Milikapiti établit le programme Ngawa Mantawi, qui signifie "Nous sommes tous ensemble et nous sommes amis". Ce programme de soutien inclusif, créé en 1994, vise à permettre aux artistes ayant des besoins divers de développer des carrières durables dans les arts tout en restant proches de leur famille et de leur terre ancestrale. Timothy Cook est l'un des premiers à bénéficier de ce programme révolutionnaire. Depuis la fin des années 1990, il travaille au centre Jilamara, créant des peintures, des gravures et des sculptures. Son parcours illustre parfaitement l'ambition originale du programme : permettre à des artistes ayant des besoins de soutien spécifiques de construire des carrières artistiques significatives sur la scène nationale et internationale. Son succès a ouvert la voie à de nouvelles générations. Timothy est devenu un exemple inspirant pour les jeunes artistes Tiwi et aborigènes qui s'identifient comme ayant un handicap, démontrant qu'il est possible de redéfinir les limites de ce que signifie être un artiste professionnel avec des besoins de soutien. Timothy Cook peint exclusivement avec des ocres naturels provenant localement, appliqués dans un style libre et gestural qui donne à ses œuvres une qualité à la fois spacieuse et méditative. Ses compositions se caractérisent par des combinaisons uniques et frappantes de kurluwukari (cercles), pwanga (points) et marlipinyini (lignes) - les éléments fondamentaux du jilamara, ce système de peinture corporelle qui constitue la culture visuelle complexe du peuple Tiwi. Pendant de nombreuses années, Timothy s'est concentré spécifiquement sur le motif circulaire du Kulama. Cette cérémonie traditionnelle d'initiation des jeunes hommes coïncide avec la récolte des ignames sauvages et se déroule à la fin de la saison humide, en mars-avril, lorsqu'un halo distinctif apparaît autour de Japarra, la lune. Pendant trois jours, les anciens des deux sexes chantent et dansent, accueillant les garçons dans l'âge adulte et leur conférant leur nom d'homme à travers cinq étapes rituelles soigneusement orchestrées. Les cercles dans les peintures de Timothy symbolisent simultanément la lune, l'igname et les cercles rituels de la cérémonie Kulama. Les pwanga - ces points méticuleusement appliqués - reflètent les japalinga, les étoiles qui parsèment le ciel nocturne des îles. Comme il l'explique lui-même avec une directness touchante : "Japarra, c'est la lune - ça veut aussi dire l'Homme-Lune. Il est important pour le peuple Tiwi, ils le savent. Japalinga, ça veut dire les étoiles." Dans la cosmologie Tiwi, la lune est bien plus qu'un simple astre : elle est une métaphore puissante de la vie et de la mort, intimement liée au cycle des marées qui rythme l'existence de ce peuple de la mer. La lune évoque le mythe de Purukapali, figure ancestrale centrale dont l'héritage culturel se révèle dans les motifs géométriques caractéristiques de tout l'art Tiwi. Selon le récit mythologique, Purukapali mourut, une grue vola et urina dans la mer, la transformant en eau salée. Le vieil homme Wirreeween-pinilla but l'eau et cria : "Qui a transformé l'eau douce en sel ? Ah, je vois, nous sommes tous mortels maintenant. Tout a changé et je dois créer de nouvelles lois. Je vous nomme Tiwi. Je vous donne des noms de famille, des clans, des terres et des lieux de Rêve. Respectez la loi et vous serez toujours forts. Le seul peuple dans le monde entier." Ce mythe fondateur imprègne l'œuvre de Timothy. Les croix qui apparaissent parfois dans ses compositions reflètent sa vie spirituelle, tandis que les motifs circulaires évoquent à la fois les cercles de danse rituels et les cinq étapes de la cérémonie Kulama à travers lesquelles les jeunes hommes sont instruits dans les coutumes, les lois, l'histoire et les rituels religieux Tiwi. Au début de sa carrière, Timothy fait partie d'un groupe d'artistes Tiwi qui visitent le South Australian Museum à Adélaïde pour examiner les peintures sur écorce collectées par l'anthropologue Charles Mountford lors de son expédition National Geographic à l'île de Melville en 1954. Cette rencontre avec les œuvres de la génération de ses parents s'avère déterminante. Les artistes visiteurs reconnaissent dans ces œuvres historiques les produits de la génération de leurs parents, des motifs encore vivants dans leur mémoire collective. Inspirés, ils créent des réponses contemporaines à ces travaux anciens. Timothy devient rapidement l'un des interprètes les plus radicaux et innovants de ces premiers travaux Tiwi, établissant un pont entre le passé et le présent tout en affirmant sa propre vision artistique. L'œuvre de Timothy Cook incarne le savoir visuel des wulimawi, les anciens, tout en s'affirmant résolument comme art contemporain. Ses dessins de Kulama représentent le langage visuel du peuple Tiwi, partie intégrante d'une culture vivante qui n'avait pas de texte écrit avant la colonisation. L'un des grands succès de son travail réside dans sa capacité à faire coexister l'ancien et le nouveau, célébrant des dessins et symboles culturels de longue date comme œuvres d'art contemporaines. Ses peintures font référence non seulement au Kulama, mais aussi au Pukumani, la cérémonie funéraire traditionnelle Tiwi, pierre angulaire de la croyance Tiwi. Les motifs géométriques communs à tout l'art Tiwi dépeignent souvent des sites d'histoires de signification ancestrale impliquant des ancêtres transformés en animaux ou en oiseaux. Chaque artiste Tiwi possède sa propre interprétation individuelle de ces dessins, et Timothy a développé un style immédiatement reconnaissable : des compositions aérées où les lignes horizontales alternées d'ocre rouge, blanc et jaune créent leur propre cadence et rythme. Le parcours de Timothy Cook a connu une ascension remarquable. Depuis ses premières expositions collectives à la fin des années 1990, il a accumulé une impressionnante liste de reconnaissances et de prix. En 2012, après avoir été finaliste à plusieurs reprises (2004, 2005, 2008, 2009, 2010 et 2011), il remporte le prix majeur des prestigieux Telstra National Aboriginal & Torres Strait Islander Art Awards. En 2018, il gagne le prix inaugural King and Wood Mallesons Contemporary ATSI Art Prize. Il reçoit également le Australia Council National Arts & Disability Award pour artiste établi, reconnaissance cruciale de sa contribution aux arts nationaux en tant qu'artiste ayant travaillé pendant de nombreuses années dans le cadre du programme Ngawa Mantawi de Jilamara. Il a été finaliste du Wynne Prize et du Sulman Prize à l'Art Gallery of New South Wales, ainsi que du Hadley Art Award. Ses expositions l'ont mené à travers l'Australie, la Nouvelle-Zélande, l'Amérique du Nord et l'Europe. Il a participé à des événements majeurs comme la 7e Triennale Asie-Pacifique au Queensland, la 12e Biennale d'Adélaïde, et des expositions au Musée du Quai Branly à Paris. En 2021, son travail est célébré dans TIWI, l'exposition la plus complète d'art Tiwi jamais organisée à la National Gallery of Victoria. Il est également le sujet de publications majeures, notamment "Timothy Cook: Dancing with the Moon" de Seva Frangos (2015) et "TIWI: Art, History, Culture" de Jennifer Isaacs (2012). Timothy n'est pas seulement peintre. Il a créé de nombreuses éditions de gravures, des designs textiles, et a collaboré à des projets cinématographiques et photographiques majeurs au centre d'art. Notamment, il a participé à YOYI (danse) en 2019, une œuvre visuelle dirigée par des artistes, dépeignant des artistes exécutant leur totem Tiwi sur leur terre ancestrale. Timothy Cook aime être sur sa terre, et il décrit souvent les conditions de chasse idéales - la meilleure raison de quitter le centre d'art - comme "une marée pumpuni (bonne)". Cette connexion profonde à son pays, aux cycles de la nature, aux marées liées au cycle lunaire, imprègne chacune de ses œuvres. Comme il le dit simplement mais puissamment : "J'aime peindre pour la culture - Kulama - ça veut dire peindre la culture. On enseigne la culture. Kulama, ça veut aussi dire igname - ils mangent ça, ils le sortent de la terre et le mangent. Kulama, c'est la cérémonie où ils yoi [dansent]." collections : National Gallery of Australia, Canberra Art Gallery of New South Wales, Sydney Art Gallery of South Australia, Adelaide Art Gallery of Western Australia, Perth National Gallery of Victoria, Melbourne Queensland Art Gallery, Brisbane Museum of Contemporary Art (MCA), Sydney Musée du Quai Branly, Paris Fondation Opale
Timothy Dempsey Tjungurrayi dit aussi Young Timothy Dempsey Né à Haasts Bluff en 1942, il était le frère aîné de Barney Daniels (demi-frère), avec qui il partageait des droits importants sur des sites situés entre Papunya et Napperby. Il est le fils de Timmy Ukinya Tjapaltjarri (1901/1979) un Ngaliya de la région de Mount Doreen et d’une aborigène du groupe Kukatja, Mimpeta (née vers 1920). Le couple adoptera aussi la fille de Gladys Napanangka (née en 1957) après le décès du premier mari de Gladys. Timothy a aussi de très forts liens familliaux avec Mary Dixon Nungurrayi, une artiste douée qui fait une eblle carrière dans les années 1990. Sa femme, Epingka Nangala a également peint de façàn épisodique. Il a travaillé comme gardien de troupeau puis comme mécanicien. Il s’installe à Papunya au début des années 60. Il démarre sa carrière dans le milieu des années 1980 mais ne sera jamais très productif. Il est considéré comme faisant partie du groupe linguistique luritja. Ses œuvres sont souvent emplies de détails, de points fins et serrés et sont marquées par la symétrie et un certain académisme.
Tina Martin napangardi Tina Napangardi Martin Robertson est née en 1960 à Yuendumu, une communauté aborigène située à 290 km au nord-ouest d'Alice Springs. Ses parents et ses grands-parents sont décédés et elle n'a qu'une soeur qui vit dans la communauté de Laramba, près de la station d’élevage de Napperby. Tina est allée à l'école locale de Yuendumu. Elle y a vécu pendant la plus grande partie de sa vie mais vit maintenant à Nyirripi après avoir épousé son deuxième mari, Douglas Wilson. Ils ont un fils né en 1997. Elle a également cinq enfants adultes de son premier mariage. Tina peint depuis 1996. Lorsque les artistes de Yuendumu ont commencé à explorer la création imprimée en 1997, Tina a commencé à fabriquer des sérigraphies et des batiks. Cependant, ce n'est qu'en 2007 que Tina a trouvé le temps de peindre plus régulièrement. Elle peint les histoires de son père, comme Yurrampi Jukurrpa (Honey Ant Dreaming) ou Janyinki Jukurrpa (Yanyinki Dreaming). Elle peint également Ngalyipi Jukurrpa (Snake Vine Dreaming) et plus récemment Pulundari Jukurrpa (Mushroom Dreaming) et bien entendu le Rêve d’Eau.
Tinpulya Mervyn Tinpulya est née dans le bush, près de Kelvin Well, un point d'eau situé non loin de Kunmapi (Kenmore Park), en Australie-Méridionale, en 1945. Ses parents avaient quitté Watarru pour la mission d'Ernabella où ils travaillaient comme bergers. Enfant, elle se souvient du voyage de retour à Watarru avec ses parents, où ils échangeaient des peaux de dingo contre de la farine, du thé et du sucre. Tinpulya a à cœur de transmettre le droit et la culture traditionnels à ses petits-enfants afin qu'ils grandissent forts et fiers. Elle est une figure respectée de sa communauté et possède des connaissances en Ngankari (guérison sacrée). Le savoir culturel se transmet oralement à travers le récit des Tjukurpa (histoires traditionnelles des voyages des ancêtres), qui soutiennent les Anangu (peuple aborigène) non seulement physiquement, mais aussi socialement et spirituellement. La peinture Tjukurpa représente un fragment d'une histoire plus vaste, une histoire vivante où un ancêtre a participé à la création du territoire. Les individus ont autorité et propriété de cette terre, des sites et des récits qui y sont associés. La préservation de ce territoire est primordiale pour les artistes de Watarru, qui sont fiers de collaborer avec le Département de l'Environnement et Heritage SA continue de prendre soin de la terre et de la gérer avec respect et responsabilité. Les artistes les plus âgés de Watarru ont été acclamés pour leurs magnifiques peintures collaboratives. Tinpulya et sa sœur Wipana sont les figures de proue de ces œuvres. Leurs premières œuvres collaboratives ont été commandées par le Département de l'Environnement et Heritage SA et sont désormais exposées en permanence au Parlement d'Australie-Méridionale. En 2007, elles ont remporté un prix important du concours Drawing Together, parrainé par la Commission de la fonction publique australienne, un prix prestigieux qui a attiré plus de 570 participants de toute l'Australie.
KUNMANARA STANLEY Tjariya Stanley est une femme Pitjantjatjara, née à Wingellina en 1939. Guérisseuse traditionnelle (Ngankari), elle est une gardienne précieuse du savoir ancestral. Impliquée dans le centre d'art depuis des décennies, Tjariya a acquis au fil du temps une maîtrise de plusieurs techniques, dont le batik et la peinture. Ses premiers dessins, collectionnés par Charles Mountford dans les années 1940, font partie de la collection du Musée national d'Australie. À ses débuts, Tjariya travaillait à l'atelier d'artisanat, confectionnant des tapis et tricotant des pulls, les premières activités entreprises sur place. Dans les années 1970, elle a appris le batik auprès de Nyukana (Daisy) Baker, suite au voyage de cette dernière en Indonésie. Tjariya est devenue l'une des artistes batik les plus accomplies d'Ernabella. Elle a également appris seule à tisser avec des herbes indigènes et du raphia (tjanpi) et à crocheter des mukata (bonnets) avec la laine de mouton qu'elle file encore à la main. Depuis quelques années, Tjariya se consacre à la peinture. Elle utilise ce médium pour transmettre le tjukurpa (loi) de son pays et de sa famille. La force de son trait a immédiatement attiré l'attention et ses toiles ont été acquises par ArtBank et d'importants collectionneurs privés. Ses œuvres figurent dans plusieurs collections, dont la Galerie nationale d'Australie et le Musée national d'Écosse. En 2016, Tjariya était finaliste (œuvre collective) du Prix national d'art aborigène et des insulaires du détroit de Torres. Tjariya est un pilier de la communauté et l'âme du centre d'art. Elle préserve la culture avec ferveur et est une conteuse hors pair, prenant plaisir à raconter des anecdotes de son enfance à la mission. Elle a également partagé des récits poignants, relatant son expérience personnelle des essais nucléaires de Maralinga et leurs conséquences sur la communauté d'Ernabella. Ce témoignage a été intégré à la pièce de théâtre Ngapartji Ngapartji, qui a tourné en Australie pendant plus d'un an. L'une des filles de Tjariya, Renita, est également une artiste reconnue d'Ernabella, et son fils Ngunytjima travaille dans l'atelier de céramique. Potier et artiste accompli, il a réalisé en 2013 les pièces en céramique pour la première exposition personnelle de Tjariya à la galerie Alcaston de Melbourne. Tjariya nous a malheureusement quittés en 2020.