Walala Tjapaltjarri Dans les immensités arides du Gibson Desert, une zone terriblement isolée, Walala Tjapaltjarri voit le jour vers la fin des années 1960 ou le tout début des années 1970, à Marua, près du lac Mackay. Issu du peuple pintupi, dont la langue et les lois tissent une toile invisible sur les sables rouges de l'Australie Occidentale, Walala grandit au rythme d'une existence nomade, harmonieuse et impitoyable, où chaque pas était une communion avec la terre. Fils de Lanti (ou Joshua), un homme qui avait effleuré la mission de Balgo avant de retourner à l'isolement du désert, et de Watjunka Nangala, sa mère, il hérita également des liens avec Papunya et Nanu, les épouses secondaires de son père, sœurs de sa mère dans cette polygamie ancestrale. Orphelin jeune, après la mort de ses parents – peut-être empoisonnés par des aliments corrompus du monde extérieur –, Walala parcourut les vastes étendues avec sa famille élargie : ses frères Warlimpirrnga, Thomas (ou Tamlik) et Piyirmu (ou Yari Yari), ses sœurs Yalti, Yukultji et Takarraja, et ses mères survivantes Nanu et Papalanya. Ensemble, ils formaient les "Pintupi Nine", ce groupe mythique, dernier bastion d'une vie traditionnelle, chassant le goanna (varan), cueillant les fruits du bush, naviguant entre les points d'eau sacrés comme Wilkinkarra, sans jamais croiser l'ombre d'un homme blanc. Ils vivent à l'âge de pierre, comme leurs ancêtres il y a 20 000 ans. Les avions, vus de loin, étaient pris pour des esprits errants, des « mamu » malveillants planant sur l'horizon. Cette existence, lyrique dans sa pureté, poétique dans sa résilience, s'acheva en octobre 1984, lorsque la famille, attirée par des fumées distantes (Warlimpirrnga, en âge de se marier, cherchait une femme), fit contact avec le monde moderne près de Kiwirrkurra. Accueillis par des parents partis vingt ans plus tôt, ils devinrent des figures iconiques, "la Tribu Perdue", symboles d'un passé qui s'effilochait comme un mirage sous le soleil implacable. Walala, alors âgé d'une vingtaine d'années, s'installa à Kiwirrkurra, épousa Brigitte Napangardi, et engendra deux enfants, Clarissa (née en 1991) et Josiah (né en 1996). Aujourd'hui, il oscille entre Kiwirrkurra, Alice Springs et Yuendumu, peignant souvent au Hoppy's Camp, où les échos du désert se mêlent aux bruits de la modernité. La carrière artistique de Walala émergea comme une oasis inattendue dans ce paysage de transition, un pont lyrique entre l'ancien et le contemporain. Inspiré par son frère aîné Warlimpirrnga, déjà initié à l'art, Walala posa ses premiers coups de pinceau en décembre 1987, quelques années après son arrivée à Kiwirrkurra. Ses premières œuvres, imprégnées de la fluidité traditionnelle, marquèrent le début d'une ascension fulgurante. En 1997, sa participation au National Aboriginal and Torres Strait Islander Art Award à Darwin signala son entrée sur la scène nationale, suivie d'expositions solos et collectives qui irradièrent comme des constellations : "Tingari – Men’s Business" à la Coo-ee Gallery en 1998, des présentations à la Vivien Anderson Gallery, à la Fire-Works Gallery, et même à la Rebecca Hossack Gallery de Londres. Avec ses frères Warlimpirrnga et Thomas, il forma le trio des "Tjapaltjarri Brothers", une fratrie artistique dont les toiles conquirent les galeries internationales, des États-Unis à l'Europe. Ses peintures, vendues jusqu'à des milliers de dollars australiens – Walala pouvant gagner jusqu'à 2000 AU$ par jour –, intègrent des collections prestigieuses : la National Gallery of Australia, des musées européens et américains. De 1997 à 2013, il participa à d'innombrables expositions de groupe, transformant son legs nomade en un dialogue poétique avec le monde. Walala ne peint pas pour la gloire éphémère, mais pour invoquer, tel un chantre du désert, les cycles qui animent son peuple. Stylistiquement, l'œuvre de Walala évolue : d'un style initial fluide, héritier du pointillisme classique pintupi avec ses cercles et ses points ondulants, vers une abstraction minimaliste et géométrique qui captive par sa rigueur lyrique. À partir de la fin des années 1990, il abandonna les lignes pointillées pour des traits épais et solides, des rectangles rigides et des carrés audacieux, posés sur des fonds monochromes noirs ou ocre, évoquant des cartes à la fois physiques et spirituelles. Sa palette, limitée à quatre couleurs au maximum – des ocres terreux, des jaunes pâles, des blancs crayeux et des noirs profonds –, reflète la sobriété du désert, où chaque teinte est un écho de la terre nourricière. Ces formes rectangulaires, souvent alignées en séries, enferment d'autres motifs comme des sanctuaires secrets, transformant les designs ancestraux en un langage hautement personnalisé. Thématiquement, ses toiles invoquent les Cycles Tingari, ces chants sacrés et secrets des hommes pintupi, narrant les voyages épiques des ancêtres pendant le Tjukurrpa – le Temps du Rêve. Ces êtres mythiques, traversant les sites comme Marua, Mintarnpi, Wanapatangu, Mina Mina, Yarrawangu et Wilkinkarra, y accomplissaient des cérémonies d'initiation, creusant des rockholes, sculptant des dunes et des collines sacrées. Walala cartographie ces périples, où les rectangles symbolisent les haltes cérémonielles, les lignes les chemins tracés par les esprits, dans une poésie visuelle qui unit le cosmique au terrestre. Ce qui distingue Walala Tjapaltjarri parmi les artistes aborigènes, et particulièrement au sein de la communauté pintupi de Kiwirrkurra, réside dans cette alchimie rare entre un héritage nomade intact et une innovation abstraite, où la tradition se mue en lyrisme contemporain. Issu des derniers nomades à émerger du désert en 1984, Walala incarne un lien direct, presque mystique, avec une vie précoloniale, une authenticité que peu d'artistes peuvent revendiquer. Contrairement à ses contemporains pintupi, qui souvent adhèrent au pointillisme fluide, Walala modifia les designs classiques en formes géométriques audacieuses, des rectangles enclosant des motifs comme des gardiens de secrets, créant un style minimal et graphique qui évoque les "keeping places" culturels. Parmi les Tjapaltjarri Brothers, il se démarque en peignant le plus prolifiquement, ses œuvres irradiant une énergie plus introspective que les explosions chromatiques de certains. Dans le panorama aborigène plus large, où des figures comme Emily Kam Kngwarray explorent les paysages oniriques avec une exubérance organique, ou Rover Thomas les mythes cosmogoniques avec une abstraction brute, Walala élève le Tingari à une dimension universelle, transformant les chants masculins secrets en hymnes visuels accessibles pourtant imprégnés de mystère. Avec ses frères (Thomas est décédé en septembre 2025) et sœurs artistes (Yukultji Napangati, Yalti Napangati), il perpétue les Lois ancestrales tout en les réinventant, un phare lyrique dans un monde où les cultures se diluent. Walala n'est pas seulement un peintre ; il est un poète. Aujourd’hui il partage son temps entre Kiwirrkura, Yuendumu, une communauté aborigène dont est originaire sa femme, Bridjette Napangardi, et Nyirrpi ou parfois Alice Springs. Collections : AMP Investments (Sydney), Gantner Myer Aboriginal Art Collection, Deutsch Morgan Grenfell (Perth), Epic Energy Australia (Brisbane), Hastings Funds Management (Melbourne), Art Gallery of New South Wales (Sydney), Axiom Funds Management (Sydney), CNC International Corporation (Sydney), El Paso Energy International Co, (Houston, Texas, USA), Flinders University (Adelaïde), Kaplan and Levi Collection (Seattle, USA), Artbank (Sydney) Corrigan Collection (Sydney) Luciano Benetton Collection (Venise) Hank Ebes Collection / Nangara The Kelton Foundation (Santa Monica, USA) Fondation Burkharrdt-Felder Arts and Culture (Suisse) Fondation Opale (Suisse)
Walangkura Napanangka Walangkura Napanangka est née vers 1946 (1944 selon certaines sources) à l’ouest de l’actuelle communauté de Kintore (Walungurru), très exactement sur le site de Tjituruluga. Issue d'une famille nomade, elle a passé son enfance à parcourir les vastes étendues désertiques, chassant et cueillant avec ses proches avant tout contact significatif avec la société occidentale. Ce mode de vie traditionnel, imprégné des savoirs ancestraux transmis oralement, a profondément influencé son œuvre artistique. Sa famille fait partie d’un groupe de Pintupi qui a marché des centaines de kilomètres pour rejoindre Haasts Bluff en 1956. On y distribue alors des rations alimentaires pour attirer les derniers nomades. Il s’agit pour beaucoup de leur premier contact avec l’homme blanc. Son père est Ratji Tjapangati, un des gardiens de sites se trouvant à l’ouest du lac MacDonald. Sa mère est Inuwa Nampitjinpa. La famille s’installera dans un premier temps à Haasts Bluff en 1956. Jusque là, la famille vit de façon très traditionnelle. Elle se marie avec Johnny Yungut Tjupurrula qui, lui aussi, se lancera dans la peinture (en 1978 pour lui). Ils sont alors installés à Papunya mais rejoindront Kintore quand le gouvernement rend ses terres traditionnelles aux Pintupi. A la fin de sa vie, Johnny connaîtra un succès important. Celui-ci viendra un peu plus tôt pour Walangkura. Walangkura participe au projet historique de peinture collaborative féminine (1994), initié par les femmes plus âgées pour réaffirmer leurs racines spirituelles et ancestrales. C'est un échange entre les femmes de la communauté de Haast Bluff, qui peignent déjà et les femmes de Kintore et Kiwirrkura qui se familiarisent avec ce médium. Elles le connaissent déjà un peu, puisque certaines aident leurs maris âgés à terminer le fond pointilliste. C'était un moment de chants, de cérémonies et de peinture exclusivement féminins, loin du regard des étrangers et des hommes. En 1996, le centre d'art donne enfin du matériel aux femmes et commercialisent leurs oeuvres. A cette période, de nombreux hommes qui avait participé à la création de ce mouvement artistique disparaissent. Et les femmes apportent alors un souffle nouveau, revitalisant la peinture du Désert Occidental. Walangkura est du premier groupe d'artistes. Et son style s’affirme très vite. Walangkura s’inspire le plus souvent des motifs associés aux voyages d’une Vieille Femme Kutungta Napanangka. Elle mêle habilement les motifs traditionnels et les symboles des régions où se déroulèrent les exploits de cette Ancêtre du Temps du Rêve : on distingue ici un point d’eau permanent, là une grotte, là-bas un site argileux… L’artiste aborigène élabore sa composition comme les Ancêtres ont façonné le paysage. Ses toiles, rehaussées de blanc, nous plongent dans ce monde si particulier, nous voyageons avec elle, en compagnie des Ancêtres. Nous sommes les témoins de l’harmonie du monde du Rêve… bien que parfois les forces sous-jacentes semblent prêtes à exploser. Walangkura, comme beaucoup de ses pairs, a navigué entre la préservation des connaissances sacrées et leur adaptation à un médium moderne. Son œuvre, ancrée dans les Tjukurrpa /Rêves , ces récits mythologiques qui cartographient le paysage spirituel et physique du désert, témoigne d'une connexion intime avec la terre ancestrale. À travers ses peintures, elle évoque non seulement des sites spécifiques, comme les trous d'eau (rockholes) de Tjintjin Tjintjin ou les cérémonies féminines associées à son pays natal près du lac salé de Wilkinkarra, mais aussi les voyages des ancêtres créateurs qui ont façonné le monde. Depuis son décès (en 2014), ses filles reprennent le flambeau. Si les histoires seront transmises ainsi par ses filles…le vécu retranscrit ne sera pas le même. Walangkura possède les connaissances des gens qui ont arpenté des territoires immenses sans contact avec l’homme blanc. Sa peinture n’est pas anarchique, elle n’est pas le fruit du délire, elle obéit avant tout à un savoir, à des connaissances qui se transmettent de génération en génération depuis des milliers d’années. Par rapport aux artistes warlpiri, plus narratifs, ou à son mari, plus géométrique, elle adopte une abstraction codée, accessible à tous mais riche en significations ésotériques. Les œuvres de Walangkura Napanangka puisent leur essence dans les récits associés aux Cycles Tingari, qui retracent les périples des ancêtres portant ce nom, hommes et femmes, à travers les immensités du désert australien. Ces couleurs, à la fois austères et vibrantes, traduisent l’aridité du désert tout en révélant sa vitalité secrète, comme une pulsation cachée sous la surface. Chaque toile demeure une carte spirituelle, où des motifs abstraits dissimulent des savoirs sacrés réservés aux initiés, tout en offrant une beauté visuelle universelle, accessible même à ceux qui méconnaissent les traditions pintupi. Ce qui singularise Walangkura, c’est son enracinement profond dans les récits et cérémonies féminines, qu’elle traduit avec une force brute, presque tellurique, comme si ses toiles portaient l’âme du désert lui-même. À la différence de Makinti Napanangka, dont les œuvres privilégient la légèreté et le rythme des danses cérémonielles, Walangkura exprime une robustesse qui évoque la résilience des nomades face aux rigueurs de leur environnement. Par rapport à son mari, Johnny Yungut Tjupurrula, dont les compositions restent marquées par une géométrie rigoureuse, Walangkura développe dans ses dernières années une esthétique plus ondoyante, où les formes s’entrelacent avec une liberté nouvelle, conférant à ses œuvres une dynamique unique au sein de l’art pintupi. Walangkura incarne l'essence de l'art aborigène contemporain : une fusion harmonieuse entre tradition ancestrale et expression moderne. Son style puissant, ses différenciations thématiques et formelles, positionnent son œuvre comme un témoignage durable de la culture pintupi. Dans un monde où les savoirs autochtones sont menacés, ses peintures rappellent la vitalité éternelle du désert et des Rêves, invitant à une réflexion plus profonde sur l'identité et la mémoire collective. PRIX ARTISTIQUES : 2021 Papunya Tula: Celebrating 50 years | Artist Focus: Walangkura Napanangka (1940-2014), Catherine Asquith Art Advisory, Melbourne 2011 Freemantle Arts Centre Print Award 2011, Freemantle, WA 2007 Top 50 Collectable Artists, Australian Art Collector Magazine 2007 24th NATSIAA, Darwin - Finalist 2006 34th Alice Art Prize, Araluen Art Centre, Alice Springs - Finalist 2006 The Desert Mob Art Show, Araluen Art Centre, Alice Springs - Finalist 2005 22nd NATSIAA, Darwin - Finalist 2004 21st NATSIAA, Darwin - Finalist 2001 The Desert Mob, Araluen Art Centre, Alice Springs - Finalist 2001 31st Alice Prize, Araluen Art Centre, Alice Springs - Finalist 1999 16th NATSIAA, Darwin - Finalist 1998 The Desert Mob, Araluen Art Centre, Alice Springs - Finalist 1998 15th NATSIAA, Darwin - Finalist 1997 14th NATSIAA, Darwin - Finalist 1997 The Desert Mob, Araluen Art Centre, Alice Springs - Finalist Collections: Aboriginal Art Museum (Hollande), National Gallery of Victoria, Melbourne, Hank Ebes Coll, Melbourne, The Luczo Familly Coll, USA, Union Bank of Switzerland, Jacqui McPhee coll, Perth Gilian and watson McAllister Coll, Sydney, Art Gallery of New South Wales, Sydney Artbank, Sydney Hood Museum of Art, Dcharlottesville, USA (Owen wagner Coll) Museum and Art Galleries of the Northern Territory, Darwin The Kelton Foundation (USA), National Gallery of Australia, Canberra Musée La Grange, Suisse Laverty Collection Pat Corrigan Collection Kluge-Ruhe aboriginal art collection of the University of Virginia, Charlottesville, USA National Gallery of Victoria, Melbourne Queensland Art Gallery, Brisbane
Walangkura Reid Napurrula Ethnie Pintupi / Ngaatjatjarra – Désert Occidental - Kintore Walangkura Reid Napurrula, née entre 1932 et 1938 dans les environs de Warakuna, fait partie de ces figures dont la carrière a été relativement brève. L'enfance et la jeunesse de Walangkura se sont déroulées selon le mode de vie traditionnel des Pintupi, dans l'immensité du désert occidental australien. Pendant les premières décennies de son existence, elle vécut en suivant les rythmes ancestraux, se déplaçant de point d'eau en point d'eau, participant aux cérémonies sacrées et apprenant les histoires du Tjukurrpa qui allaient plus tard nourrir son art. Ce ne fut qu'en 1956, alors qu'elle était déjà adulte, qu'elle aperçut pour la première fois un homme blanc, près de Warburton. Cette rencontre tardive avec le monde occidental témoigne de l'isolement dans lequel vivaient encore certains groupes Pintupi au milieu du XXe siècle. L'année 1964 marqua un tournant décisif dans la vie de Walangkura et de son groupe. La patrouille dirigée par Macdougall les conduisit jusqu'à Papunya, ce lieu qui allait devenir le berceau du mouvement d'art aborigène du désert quelques années plus tard. Cependant, contrairement à certains qui s'établirent définitivement dans un seul endroit, Walangkura continua pendant longtemps à se déplacer entre différentes communautés, maintenant ainsi un lien vivant avec le mode de vie semi-nomade de ses ancêtres. Elle passa du temps à Tjukurla, à Warakurna, et rendait régulièrement visite à Kintore, où résidait sa seconde fille. Les liens familiaux de Walangkura tissent une véritable constellation artistique au sein de la communauté Pintupi. Sa fille Mantua Napangati épousa Kenny Williams Tjampitjinpa, lui-même devenu l'un des peintres les plus respectés de Papunya Tula Artists. Son autre fille, Purrunga Napangati, fut mariée à Ronnie Tjampitjinpa, figure majeure et célèbre de l'art aborigène contemporain, également établi à Kintore (Ronnie a eu 3 épouses en tout). Ces connections familiales ne sont pas anecdotiques : elles révèlent comment l'art, au sein de la culture aborigène, se transmet et se partage au fil des générations et des alliances matrimoniales, créant des réseaux de création et de transmission du savoir. C'est finalement à Kintore que Walangkura choisit de s'installer définitivement, rejoignant ainsi ses filles et ses gendres dans cette communauté qui était devenue un foyer dynamique de production artistique. Ce retour vers sa famille coïncida avec une nouvelle phase de sa vie, celle où elle allait elle-même devenir une voix artistique importante. Walangkura Reid Napurrula ne commença à peindre qu'en 1999, alors qu'elle avait déjà plus de soixante ans. Cette entrée tardive dans la pratique artistique n'est pas inhabituelle parmi les artistes aborigènes de sa génération, pour qui la peinture sur toile représentait une adaptation relativement récente de pratiques rituelles ancestrales. Cependant, ce qui distingue Walangkura, c'est la rapidité avec laquelle elle développa un style mature et la reconnaissance dont elle bénéficia. En seulement quelques années, son travail attira l'attention des critiques et des collectionneurs. En 2002, soit trois ans à peine après avoir commencé à peindre, elle eut l'honneur d'une exposition personnelle – reconnaissance rare qui témoigne de la qualité exceptionnelle de son œuvre. Malheureusement, sa carrière artistique fut brutalement interrompue par son décès en 2004, laissant derrière elle un corpus d'œuvres relativement restreint mais d'une intensité remarquable. L'univers pictural de Walangkura s'articule principalement autour d'un des récits les plus importants et les plus répandus de la mythologie aborigène : le Rêve des Sept Sœurs. Ses toiles puisent leur inspiration dans la version de ce mythe associée à Dale Creek, situé à l'est de Warakurna, son pays natal. Cette histoire cosmique, qui résonne à travers tout le continent australien avec des variations régionales, trouve dans l'interprétation de Walangkura une expression visuellement puissante et émotionnellement chargée. Dans ce récit ancestral, sept femmes Napaltjarri sont inlassablement poursuivies à travers le désert par un homme Tjakamarra qui convoite l'une d'entre elles. Cette poursuite traverse des paysages immenses, franchit des sites sacrés, et marque le territoire de son empreinte spirituelle. Malgré tous leurs efforts pour échapper à leur poursuivant, utilisant leur magie et leur ruse, les sept sœurs finissent par trouver refuge dans le ciel, où elles se transforment en la constellation des Pléiades, ce groupe d'étoiles brillantes visible dans l'hémisphère sud. L'homme Tjakamarra, ne renonçant pas à sa quête même après leur transformation céleste, devient la constellation d'Orion, poursuivant éternellement les sept sœurs à travers la voûte étoilée. Dans les peintures de Walangkura, ce récit épique se traduit à travers un langage visuel hautement codifié mais accessible. Les cercles concentriques qui ponctuent régulièrement ses compositions représentent les campements successifs des femmes Napaltjarri durant leur fuite à travers le désert. Chaque cercle marque un lieu de repos, un site où elles se sont arrêtées, où elles ont peut-être accompli des rituels, allumé des feux, partagé de la nourriture. Ces cercles sont reliés entre eux par des lignes qui tracent les itinéraires suivis par les sœurs, créant des cartes à la fois géographiques et spirituelles du territoire traversé. La tension du récit – cette poursuite impitoyable, cette fuite désespérée – se communique à travers la dynamique visuelle de ses toiles. Les motifs s'entrelacent, se superposent, créant un sentiment de mouvement et d'urgence. Les couleurs employées évoquent les paysages du désert : les ocres de la terre rouge, les jaunes des plaines de spinifex, les blancs des lits de lacs salés asséchés, les noirs de la nuit étoilée. Cette palette terrestre ancre le mythe céleste dans la réalité physique du pays Pintupi, rappelant que ces histoires, bien qu'elles se terminent dans le ciel, sont profondément enracinées dans la géographie du désert. Le Rêve des Sept Sœurs, qu'elle a choisi comme thème central de son œuvre, résonne particulièrement dans un contexte familial. Cette histoire de femmes poursuivies, de solidarité féminine face à une menace masculine, de transformation et de transcendance, porte des significations multiples. Elle parle de la loi, du système de parenté, des relations de genre dans la société aborigène, mais aussi, à un niveau plus universel, de résistance, de survie et de la capacité à se transformer pour échapper au danger. La qualité exceptionnelle du travail de Walangkura Reid Napurrula lui a valu une place dans des collections prestigieuses. Ses œuvres figurent notamment à la National Gallery of Victoria à Melbourne, l'une des institutions artistiques les plus importantes d'Australie. Cette présence dans une collection nationale majeure garantit que son héritage artistique sera préservé et accessible aux générations futures, permettant au public de continuer à découvrir et à apprécier sa vision unique du Rêve des Sept Sœurs. Ce qui rend l'œuvre de Walangkura particulièrement poignante, c'est la façon dont elle capture cette dualité entre le terrestre et le céleste, entre le voyage physique dans le désert et la transformation finale en étoiles. Ses peintures sont simultanément des cartes du territoire Pintupi et des diagrammes de constellations, des récits de fuite à travers des paysages arides et des méditations sur l'immortalité céleste. Cette capacité à tenir ensemble ces deux dimensions – le concret et le transcendant, le géographique et le cosmologique – fait partie de la magie de l'art aborigène du désert, et Walangkura la maîtrisait avec une facilité remarquable. Chaque nuit, lorsque les Pléiades brillent dans le ciel du désert australien, elles rappellent cette histoire que Walangkura a si magnifiquement transcrite sur toile. Et dans cette perpétuation du mythe à travers l'art, l'artiste elle-même a trouvé une forme d'immortalité, continuant à raconter l'histoire des Sept Sœurs longtemps après sa mort en 2004. Dans le contexte plus large de l'art aborigène contemporain, Walangkura Reid Napurrula représente une voix féminine essentielle. Bien que le mouvement d'art du désert ait été initié principalement par des hommes à Papunya dans les années 1970, les femmes artistes ont rapidement affirmé leur propre vision, leurs propres récits, leurs propres styles. Walangkura fait partie de cette génération de femmes qui ont enrichi le vocabulaire visuel de l'art aborigène en apportant leurs perspectives sur les histoires du Tjukurrpa, souvent focalisées sur des thèmes liés à la féminité, à la fertilité, à la nourriture et aux cérémonies féminines. Le Rêve des Sept Sœurs est d'ailleurs l'un des récits où la perspective féminine est centrale. C'est l'histoire de femmes actives, non pas victimes passives mais agentes de leur propre destin, utilisant leur savoir et leurs pouvoirs pour échapper à la poursuite, se protégeant mutuellement, et finalement choisissant la transformation céleste plutôt que la capture. Dans les mains de Walangkura, cette histoire devient une célébration de la force, de la solidarité et de l'ingéniosité féminines. Bien que sa carrière ait été brève, l'empreinte laissée par Walangkura Reid Napurrula dans le paysage de l'art aborigène contemporain demeure profonde. Ses toiles continuent à parler à ceux qui les contemplent, racontant inlassablement l'histoire des Sept Sœurs qui courent encore à travers le désert et brillent éternellement dans le ciel nocturne, témoignage vivant de la persistance de la culture Pintupi et de la puissance de l'art comme véhicule de transmission spirituelle. Collection : National Gallery of Victoria
Walter Jangala Brown est né en 1977 à Yuendumu, une communauté aborigène située à 290 km au nord-ouest d'Alice Springs dans le centre de l'Australie. Il est issu d’une longue lignée d’artistes, dont l’artiste peintre Pintupi, Ronnie Jampijinpa, peintre très célèbre. Walter s'est rendu au Yirara College, un pensionnat aborigène à Alice Springs. Quand il a fini ses études, il a travaillé pour la Comté pendant 2 ou 3 ans. Il vit maintenant à Nyirripi et est marié à Valérie. Ils ont trois enfants. Il a commencé à peindre en 2007. Il peint essentiellement son Rêve d'Eau (Ngapa Jukurrpa) hérité de son père, Rêve de Serpent (Warna Jukurrpa), et les motifs associés au site de Yumari, un site sacré formé de roches. Il peint également les voyages des Ancêtres Tingari, motifs très secrets et sacrés. Les Tingari ont pris différentes formes, humaine et animale. Les Tingaris étaient généralement des hommes initiés accompagnés de «punyunyu» (novices, hommes non initiés). Les hommes étaient parfois accompagnés de femmes extrêmement puissantes (appelées diversement «Kungka Tjuta», «Minyma Tjuta» ou «Kanaputa»). Comme les hommes iniés, ces femmes initiées étaient accompagnées de femmes non-intronisées, de novices, à qui elles fournissaient un enseignement rituel. Les animaux figurant dans le cycle de Tingari comprennent, entre autres, le dingo, l’émeu, le roi-pêcheur et le quoll occidental. Alors que les Tingari parcouraient de vastes régions du pays, ils organisaient des cérémonies, causaient ou rencontraient des incendies de brousse, chassaient du gibier, cherchaient de la nourriture, se battaient, éliminaient les morts ou les ramenaient à la vie, ont interagi avec des ancêtres totémiques, ont copulé illicitement, fabriqué et utilisé des objets sacrés, ont volé dans les airs et sont morts dans des tempêtes de grêle. Au cours de ces aventures, ils ont créé ou sont devenus les caractéristiques physiques des sites qu’ils ont visités, formant des affleurements rocheux, des points d’eau, des arbres, des lacs salés, des gisements d’ocre, etc. Ces sites qui sont maintenant considérés comme sacrés par leurs descendants, les gardiens actuels de ces lieux. Les Tingari ont également établi la coutume et les lois tribales.
Warlimpirrnga Tjapaltjarri Warlinpirringa est né à l’Est de Kiwirrkura vers 1955 / 1958. En 1984 il fit la une des journaux lorsque, aîné d’un groupe de Pintupi venu du désert, il rencontre les blancs et la civilisation occidentale pour la première fois. Il s’agit du dernier groupe familial à vivre isolé ; les derniers témoins d’une vie séculaire qui a été celle des Aborigènes pendant des millénaires. Au départ, il pense que les blancs sont des démons. Il confie à un journaliste en 2007 : «Je ne pouvais pas le croire. Je pensais qu'il était le diable, un mauvais esprit et était la couleur des nuages ??au lever du soleil. Protégé des sollicitations par les Aborigènes de Kiwirrkurra, ils se font peu à peu à leur nouvelle vie. Warlimpirrnga, en tant que doyen de ce groupe joue le rôle de tampon. Surtout qu’il est déjà pleinement initié, possède de solides connaissances tribales qui lui confèrent du respect et l’autorité nécessaire. Il possède aussi des pouvoirs de guérison, tout comme son fils aujourd’hui. Ces événements extraordinaires, comme le fait de garder en mémoire le style de vie nomade et les croyances ancestrales tout en ayant adopté le style de vie moderne, ont marqué sa personnalité. Son regard profond et mystérieux tout comme sa présence lui confère un charisme très particulier. Il est par exemple l’un des rares artistes qui aime poser devant l’objectif. En 1987 il demande quelques toiles à la coopérative artistique de Papunya. Ses 11 premières toiles seront exposées par la plus célèbre galerie présentant de l’art aborigène et achetées puis données à la National Gallery of Victoria de Melbourne. Warlimpirrnga s’impose assez rapidement sur la scène artistique australienne et devient en quelques années l’un des artistes majeurs de ce mouvement. La plus grande partie de ses « Rêves » sont des histoires Tingari liées aux sites de Kanapilya, Marruwa et Marna. Il adapte, comme ses deux frères, également des peintres célèbres, Walala et Thomas, les motifs sacrés, ceux peints de façon éphémères sur les corps, sur le sol, les objets sacrés ou les roches. Chaque frère le fait à sa façon. Warlimpirrnga utilise la technique pointilliste classique des peintres aborigènes qui donne un sentiment de vitalité par la vibration qu’elle apporte. Les lignes, légèrement mouvantes, renforcent encore les effets optiques et Warlimpirrnga est passé maître dans l’art de gérer la surface de la toile, d’y insuffler un sentiment de mouvement en manipulant cette ligne, en lui faisant prendre des directions différentes, de la courbe lente à l’angle aigue. Le tout avec le plus souvent deux teintes contrastées. A l’aide de variations subtiles il obtient des formes très puissantes et comme souvent dans l’art aborigène, très modernes bien que remontant à la nuit des temps. Le leader de la « tribu perdue » est marié à sa cousine, Yalti, également artiste. La demande pour ses œuvres a augmenté ses dernières années et son record en vente publique se situe autour de 196 000 €. Awards and Recognition 2021 Wynne Prize, Art Gallery of New South Wales, Sydney - Finalist 2009 26th NATSIAA, Darwin - Finalist 2005 22nd NATSIAA, Darwin - Finalist 2002 19th NATSIAA, Darwin - Finalist Collections • Art Gallery of New South Wales, Sydney • The Kelton Foundation, Santa Monica • Macquarie Group Collection, Sydney • National Gallery of Victoria, Melbourne • Moree Plains Gallery, Moree • Griffith University Art Collection, Queensland College of Art, Brisbane • Harvard Art Museums, Cambridge • Hank Ebes Collection, Melbourne • The Luczo Family Collection, USA • National Gallery of Australia, Canberra • Artbank, Sydney • Museo Sa Bassa Blanca, Mallorca, Spain • Musee du Quai Branly, Paris • Corrigan Collection, Sydney • Luciano Benetton Collection, Venice • Fondation Burkhardt-Felder Arts et Culture, Motiers, Switzerland • Steve Martin collection, USA, New York • SmithDavidson Collection, Amsterdam and Miami
Wawiriya Burton Quelque part dans le désert central de l'Australie, aux alentours des années 1920, une fillette voit le jour sous un ciel dont l'étendue se confond avec l'infini. On ne connaît pas la date précise de sa naissance — les archives administratives n'existaient guère pour les peuples du désert à cette époque — mais cette imprécision elle-même dit quelque chose d'essentiel : Wawiriya Burton n'appartenait pas au monde des registres et des certificats. Membre du groupe linguistique Pitjantjatjara, elle grandit dans les terres ancestrales de son père, autour de ce qui est aujourd'hui connu sous le nom de Pipalyatjara, à l'ouest d'Amata, dans la région des APY Lands (A?angu Pitjantjatjara Yankunytjatjara), ce vaste territoire semi-aride du sud de l'Australie qui s'étend sur près de 103 000 kilomètres carrés. Son enfance se déroule selon les rythmes anciens : une vie nomade, dictée par les saisons, les points d'eau, les rêves et les chants des ancêtres. Elle dit elle-même, des décennies plus tard : « Il y a longtemps, quand nous étions encore de petits enfants, nous courions partout à Puta Puta et Ilitjata, le territoire de notre grand-père et de notre père, et c'est pour cela que nous avons grandi forts. Pourquoi ? Parce que c'est le pays des A?angu, le pays de leur esprit. » Ces mots, prononcés avec la simplicité de ceux pour qui la terre n'est pas un décor mais une entité vivante, résument toute une cosmogonie. La terre n'est pas simplement le sol que l'on foule. C'est une mémoire, un réseau de sens, un organisme dont on fait partie. Avant d'être une artiste peintre — statut qu'elle n'acquit qu'à l'âge où la plupart des créateurs tirent leur révérence — Wawiriya Burton était bien des choses à la fois. Elle était ngangkari : guérisseuse traditionnelle, gardienne d'un savoir médical et spirituel transmis de génération en génération dans les communautés A?angu. Ce rôle n'est pas anodin. Le ngangkari occupe une position centrale dans la communauté, à la frontière du monde visible et du monde des forces invisibles. Il soigne les corps, mais aussi les esprits. Il connaît les chants, les récits, les lieux sacrés. Il détient des clés que seule l'initiation permet de forger. Wawiriya commence à produire des œuvres sous la forme d'objets d'artisanat : objets en fibres comme des paniers — ainsi que la sculpture sur bois, le punu, cette pratique qui consiste à façonner des animaux, des ustensiles ou des objets cérémoniels dans le bois des arbres du désert. Elle pratiqua ces arts au sein de coopératives comme Tjanpi (pour le tissage) et Maraku Arts (pour la sculpture), contribuant à préserver et à transmettre des savoir-faire menacés par la modernisation rapide du pays. C'est dans cet univers de formes et de matières qu'elle forgea son œil, sa sensibilité, son rapport intuitif à la composition et à la couleur. En 2008, Wawiriya Burton a entre soixante-quinze et quatre-vingts ans — nul ne le sait exactement — lorsqu'elle commence à peindre à Tjala Arts, le centre artistique communautaire d'Amata. Cette structure avait été fondée en 1999 par les femmes de la communauté sous le nom de Minymaku Arts, et s'était progressivement imposée comme l'un des foyers les plus importants de l'art contemporain aborigène. C'est là, entourée d'autres femmes artistes, qu'elle apprend à manier le pinceau et l'acrylique. Le fait qu'elle commence à peindre si tard n'est pas exceptionnel dans le monde de l'art aborigène. Beaucoup de grandes artistes, et notamment ceux de la région des APY Lands ont commencé leur pratique picturale à un âge avancé, après une vie entière consacrée à d'autres formes d'expression artistique et culturelle. Ce n'est pas une seconde carrière, mais un prolongement naturel d'une existence toute entière tournée vers la création et le soin de la culture. Les autres femmes du centre l'initient aux techniques de la peinture acrylique sur toile, mais c'est elle-même qui trouve très rapidement son langage propre, nourri par des décennies d'expérience dans le désert. Ce qui frappe immédiatement dans les œuvres de Wawiriya Burton, c'est leur puissance visuelle : des toiles souvent de grand format — certaines atteignent presque deux mètres sur deux — traversées par des lignes de couleurs intenses qui serpentent, se croisent, s'écartent et se retrouvent, ponctuées de points qui indiquent des trous d'eau, des lieux sacrés, des croisements de chemins. L'œil se perd et se retrouve en même temps, comme on se perd et l'on se retrouve dans le désert. Elle peint principalement son territoire ancestral — ngayuku ngura, « mon pays », titre qu'elle donne à nombre de ses tableaux — et plus particulièrement le pays de son père (le pays étant les sites dont on est le gardien). Ces territoires ne sont pas représentés de manière réaliste. La perspective aérienne typique de l'art du désert australien donne à ses peintures l'allure de cartes cosmiques plutôt que de paysages photographiques. Les lignes ne sont pas des routes mais des songlines : ces chemins chantés, invisibles pour qui n'a pas été initié, qui relient entre eux les lieux sacrés de l'Australie depuis le Temps du Rêve. Le Tjukurpa — ce terme Pitjantjatjara qui désigne à la fois la loi, la religion, l'histoire et l'éthique du monde aborigène — structure chaque tableau. Ses œuvres ne sont pas des illustrations : ce sont des traductions visuelles de récits dont la profondeur n'est accessible qu'à ceux qui ont été initiés. Elle le disait elle-même, et c'est une constante dans l'art des peuples du désert : les peintures sont à la fois révélées et protégées. Elles montrent et dissimulent en même temps, comme une partition musicale dont seuls certains musiciens pourraient déchiffrer l'harmonie cachée. Parmi les récits qui irriguent son œuvre, celui des mingkiri — les petites souris marsupiales femelles du désert — occupe une place centrale, surtout dans les dernières années de sa vie. Ces minuscules créatures, à peine perceptibles dans l'immensité du désert, deviennent sous son pinceau des figures mythiques. Elles sont enceintes, elles mettent bas de nombreux petits, puis voyagent vers les points d'eau environnants pour nourrir leurs nouveau-nés. Les lignes pointillées qui traversent ses toiles sont leurs traces dans le sable. Ce récit, apparemment simple, porte une charge symbolique considérable. Les mingkiri incarnent la fertilité, la persistance de la vie dans les conditions les plus hostiles, le lien indéfectible entre les mères et leurs enfants, entre les générations. Ils évoquent aussi la terre comme entité nourricière : ce désert qui semble inhospitalier recèle des sources, des abris, une vie intense et têtue. C'est la même vision du monde qui guide le ngangkari : rien n'est inerte, tout est habité. Tim Olsen, directeur de la prestigieuse Olsen Gallery de Sydney, qui eut l'honneur d'exposer la dernière collection de l'artiste, raconte qu'il fut un jour emmené dans une grotte sacrée secrète près d'Amata, et que c'est là, au cœur de la mythologie des Sept Sœurs qui traverse toutes les communautés A?angu, qu'il comprit vraiment la dimension de ce que Wawiriya Burton peignait. Il parla d'un « droit de passage » que cette visite lui avait conféré, d'une responsabilité éthique vis-à-vis de cet art sacré. Si sa carrière de peintre débuta tard, la reconnaissance ne se fit pas attendre longtemps. Dès 2010, Wawiriya Burton est finaliste pour les Telstra National Aboriginal and Torres Strait Islander Art Awards — les NATSIAA, remis chaque année au Museum and Art Gallery of the Northern Territory à Darwin, et considérés comme la plus haute distinction de l'art aborigène australien. Elle y sera finaliste à nouveau en 2014 et en 2016. Plus remarquable encore : elle fut sélectionnée sept fois au total comme finaliste aux National Indigenous Art Awards — un record qui témoigne de la constance et de la profondeur de son œuvre. Peu avant sa mort, en 2021, elle était finaliste pour la cinquième fois au Wynne Prize, l'un des prix les plus anciens et les plus respectés d'Australie, qui récompense des paysages et des sculptures. À presque cent ans, elle produisait encore des toiles d'une vitalité saisissante. Ses œuvres entrent dans les collections permanentes des plus grandes institutions culturelles australiennes : la National Gallery of Victoria, l'Art Gallery of New South Wales, l'Art Gallery of South Australia, la Queensland Art Gallery / Gallery of Modern Art, et Artbank, l'organisme public australien d'acquisition d'art. Elle figure également dans d'importantes collections privées comme la Corrigan Collection, la Laverty Collection ou la Marshall Collection. Son œuvre rayonne bien au-delà des APY Lands : des expositions à Sydney, Canberra, Melbourne, Adélaïde, Perth, Alice Springs, et même à New York, lui confèrent une stature internationale. Il y a une image que l'on garde à l'esprit après avoir lu les témoignages de ceux qui l'ont connue ou côtoyée : Wawiriya Burton peignant et chantant en même temps. Elle chantait les songlines qu'elle peignait, comme si le geste du pinceau et la vibration de la voix étaient les deux faces d'un même acte. La peinture n'était pas pour elle une représentation du chant : c'était le chant lui-même, traduit en pigment et en forme. Cette image dit quelque chose d'essentiel sur la nature de l'art aborigène, et sur ce que Wawiriya Burton en incarnait avec une puissance particulière. Pour les peuples du désert australien, la terre n'a pas été créée en silence : elle a été chantée en existence. Les ancêtres du Temps du Rêve ont parcouru le continent en chantant, et chaque lieu, chaque montagne, chaque trou d'eau est né d'un passage vocal. Peindre les songlines, c'est donc perpétuer l'acte de création lui-même. C'est maintenir le monde en existence. Wawiriya Burton — dont le nom complet était Kunmanara (Wawiriya) Burton, le terme kunmanara désignant respectueusement une personne décédée ou dont le nom ne doit pas être prononcé à haute voix dans certains contextes culturels — s'éteignit en 2021, à l'âge approximatif de 96 ans. Elle travaillait encore. Plusieurs des toiles de sa dernière collection, confiée à la Olsen Gallery de Sydney pour l'exposition Palumpa Ngura Munu Tjukurpa : Her Country and Stories, portaient la date de 2021. Sa mort survint avant la remise du Wynne Prize dont elle était finaliste cette année-là. Mais la portée de son œuvre, elle, ne dépend d'aucun prix. Elle avait passé une vie entière à soigner, à tisser, à sculpter, à chanter, et à peindre — toutes ces pratiques formant un seul et même geste : relier les êtres humains à leur terre, les vivants à leurs ancêtres, le visible à l'invisible. Dans ses grands formats comme dans ses œuvres sur papier plus intimes, Wawiriya Burton a offert au monde une fenêtre sur un continent intérieur : celui de la cosmologie Pitjantjatjara, de ses lacs asséchés et de ses trous d'eau, de ses souris marsupiales et de ses Sept Sœurs, de ses chants qui maintiennent la terre en vie. Elle l'a fait avec une générosité et une autorité que seule une vie entière de gardiennage culturel pouvait conférer. Collections : ART GALLERY OF NEW SOUTH WALES ART GALLERY OF SOUTH AUSTRALIA 2009 ART GALLERY OF SOUTH AUSTRALIA 2008 ARTBANK CORRIGAN COLLECTION HARRIETT & RICHARD ENGLAND COLLECTION 2008/2009 LAVERTY COLLECTION MARSHALL COLLECTION MERENDA COLLECTION NATIONAL GALLERY OF VICTORIA QUEENSLAND ART GALLERY- GALLERY OF MODERN ART
Wendy Nungarrayi Brown est la fille de deux des artistes très importants : Bessie Nakamarra Sims (1932-2012) et Paddy Japaljarri Sims (1916-2010). Elle a deux sœurs et un frère et ils peignent tous. Wendy a quatre enfants et de nombreux petits-enfants dont elle s’occupe lorsqu’elle ne peint pas. Wendy a vécu toute sa vie à Yuendumu, une communauté aborigène isolée située à 290 km au nord-ouest d’Alice Springs dans le centre de l’Australie. Elle a fréquenté l’école locale, puis a poursuivi ses études au Bachelor College où elle a suivi un cours pré-tertiaire avant d’étudier l’éducation de la petite enfance. En plus d’aider à la distribution de repas à domicile aux personnes âgées, Wendy a travaillé pendant de nombreuses années au centre de garde d’enfants local, mais a dû arrêter de travailler en 2004 car elle souffre d’arthrite chronique. Wendy peint depuis 1987. Elle expose ses œuvres dans des expositions collectives depuis 1988. En raison de son mode de vie chargé, sa production d’œuvres d’art était initialement sporadique. Ce n’est qu’en 2004, lorsqu’elle a pris sa retraite, qu’elle a pu se consacrer à la peinture à plein temps. Wendy peint ses histoires de rêve, des histoires de rêve qui se rapportent directement à la cérémonie, à la terre et au bush tucker. Ces histoires de rêve lui ont été transmises par son père et par son père avant lui.
Wentja Morgan Napaltjarri Wentja Morgan Napaltjarri (groupe Luritja / Pintupi) est née vers 1945, dans une région isolée de l’Australie, dans le Désert Occidental, près du lac MacKay, sur un site rocheux associé aux Rêves du Lézard à Langue Bleue et à aux Femmes Kungka. Cette région est liée aux Cycles Tingari, ensemble de chants, danses, motifs sacrés et histoires mettant en scène les Ancêtres portant ce nom (Tingari). Ce site deviendra la source d’inspiration des peintures de Wentja quand celle-ci se mettra à peindre. Elle est la fille de Shorty Lungkata Tjungurrayi, l’un des fondateurs du mouvement artistique aborigène, mais aussi un initié important et un guérisseur réputé qui fera en sorte que l’éducation traditionnelle de sa fille soit solide. Sa famille est contrainte de quitter leurs terres traditionnelles pour rejoindre en 1948 une communauté lointaine qui vient de s’établir autour d’une mission luthérienne (à Haast Bluff / Ikuntji). Là on distribue des rations alimentaires, à une époque où des sécheresses rendent difficile la quête de nourriture et d’eau dans tout le centre de l’Australie. Pour Wentja, il s’agit du premier contact avec l’homme blanc. C’est à Haast Bluff qu’elle rencontre son mari, Ginger Tjakamarra, fils d’une artiste importante, Makinti Napanangka. Ils rejoindront par la suite Papunya, là où le mouvement artistique va éclore et se développer. Elle démarre sa carrière comme de nombreuses femmes pintupi en aidant les peintres hommes de sa famille, lorsque ceux-ci vieillissent. Puis en 1996, les femmes ont enfin accès au matériel et peuvent produire leurs propres œuvres. Cependant, il faut attendre que Wentja s’installe à Mt Liebig pour que sa carrière décolle. Cette petite communauté, située entre Papunya et Kintore, malgré un nombre peu important de peintres, va donner à l’art aborigène quelques-unes de ces grandes figures : Wentja donc, mais aussi Lilly Kelly Napangardi et Bill Whiskey Tjapaltjarri et dans une moindre mesure Ngoia Pollard. Wentja abandonne le style classique, pour couvrir ses œuvres d’un champ de points, denses, serrés, le plus souvent monochromes (blanc sur un fond noir), donnant un magnifique résultat où l’on imagine des vagues se mouvant sur la toile. Ce tapis de points évoque les dunes et le paysage des sites dont elle est la gardienne. Elle y ajoute, un ou plusieurs cercles concentriques, larges, généralement peint dans un rouge brun qui vient créer un contraste (symbolisant les roches et les points d’eau); le tout dans une grande pureté. Il se créé alors un sentiment à la fois de mouvement et d’immobilité. On sent la force des motifs anciens, plongeant leurs racines dans une tradition plusieurs fois millénaire et dans le même temps on est fasciné par la modernité du résultat. C’est là l’apanage des grands artistes aborigènes, de se saisir de la tradition mais de savoir la réinterpréter et de faire le pont entre leur savoir immense et le monde moderne, globalisé . On comprend d’autant mieux le succès de Wentja, de Sydney à Perth, de Londres à Paris En 2002 elle est finaliste du fameux Testra Award. Collections : Art Gallery of South Australia, Adelaide Art Gallery of Western Australia, Perth Queensland Art Gallery, Brisbane Tandanya National Aboriginal Art and Cultural Institute Inc., Adelaide Flinders University Museum, Adelaide Kerry Stokes Collection, Perth Thomas Vroom Collection, Hollande The Kaplan – Levi Collection, Seattle National Gallery of Australia, Canberra
Wintijya est née entre 1923 et 1934 selon les sources. Sa sœur, artiste également bien connue, Tjunkiya (décédée en 2009) et son frère (ou demi frère) est Turkey Tolson Tjupurrula et une autre demi sœur est Mitjili Napurrula, des artistes de réputation internationale. Elle commence à peindre en 1994 mais débute une vraie carrière en 1996 avec les autres femmes du désert Occidentale. Elles s’imposent rapidement sur la scène artistique australienne. Le style de Wintijya est marqué par le blanc et noir et souvent par le contraste entre deux teintes, l’une servant à peindre les motifs traditionnels, l’autre à couvrir le fond (souvent en utilisant la technique pointilliste mais en ne laissant aucun vide, ce qui donne l’impression d’un aplat et laissant invisible la sous couche). Elle a aussi réalisé des batiks, choses peu courante dans cette partie du centre de l’Australie et des gravures. Collections : Aboriginal Art Museum, Hollande Artbank Museum and Art galleries of the northern territory National Gallery of Victoria Supreme Court of the NT National Gallery of Australia
William King Jungala (1966 - 2007) groupe Gurindji - Adelaide William King Jungala est né à Katherine, à 300 km au sud de Darwin, dans le Territoire du Nord. Ses filles, Tarisse et Sarrita King, peignent également. Durant sa petite enfance, William a passé la majorité de son temps avec son père (de la tribu Waanyi), qui agissait à la fois comme enseignant et mentor dans de nombreux aspects de la vie. Cependant, c’est son grand-père (de la tribu des Gurindji) qui a beaucoup voyagé à travers le pays et développé des liens étroits avec le pays qui lui a transmis ses récits et ses vastes connaissances. Il commence sa carrière professionnelle, en tant que peintre, en 1994. À 18 ans, William déménage à Adélaïde où il étudie et termine un apprentissage en menuiserie. Son cœur a toujours été attaché à la peinture, il est donc revenu à son amour de l’art et se concentre sur la peinture à partir de 1994. À l'âge de 27 ans, William développe un style plus contemporain et personnel et les expositions se multiplient.
WILLIAM SANDY William est né en 1944 dans le bush, prés d’Ernabella en Australie Méridoniale, sur les terres des Pitjantjatjara, son groupe. « Ses » terres, c’est-à-dire les endroits avec lesquels il a un lien spirituel, sont Winkilini, en Australie Méridoniale, qu’il a hérité de son père et son grand-père, et les terres qui se trouvent au sud de papunya jusqu’à Dock River, qu’il a hérité de sa mère et sa grand-mère. Durant sa jeunesse il s’est beaucoup déplacé autour de son pays, passant d’Hermannsburg à Areyonga puis à Haasts Bluff. Il a passé plus de temps à Ernabella où il a été à l’école de la mission. En 1973, il s’installe à Papunya avec sa femme Violet Nakamarra, la sœur de Michael Nelson Jagamara, l’un des artistes aborigènes les plus célèbres. C’est à cette période, avec son mariage avec Violet qu’on lui donne son nom de peau : Tjapaltjarri (son groupe n’utilisant pas de façon régulière cette classification des noms de peau. Et c’est logiquement dans ce groupe des Tjapaltjarri que Violet devaient trouver un mari). Ils ont 4 enfants, 1 garçon et 3 filles dont l’une adoptée. Lors de son arrivée à Paunya, William travaille pour le conseil municipal. Puis il travaille avec sa femme comme infirmier au Service Médical. Depuis des années il se consacre uniquement à la peinture. William peint les Rêves de son pays, essentiellement Dingo, Emeu, Femme et Graine Verte. Son style très personnel et très minutieux, ainsi que l’emploi d’une gamme très limitée de couleurs (il est resté fidèle aux couleurs traditionnelles, les ocres, rouges, blancs, noirs, exceptionnellement le rose) rendent ses toiles identifiables du premier regard et ont contribué à faire de William l’un des artistes les plus connus. Selon William lui-même, sa première peinture date de 1975. Il a commencé à peindre seul, en observant les autres artistes. Mais c’est vraiment qu’à partir de 1981 qu’ il peint régulièrement. Il remporte le « Northern territory Art Award », un prix artistique important, en 1985. A partir de là il enchaîne les participations à de belles expositions. En 1988-89, il participe à l’exposition itinérante « dreamings » qui voyage à travers les USA (Chicago, New-York, Los Angeles…), et à une exposition à New-York à la John Weber Gallery. En 1990, la célèbre galerie Gabriella Pizzi lui consacre sa première exposition solo. Il a beaucoup peint à une période. Son style, très méticuleux, presque toujours dans une gamme chromatique très réduite, autour d’une dominante ocre jaune. C’est surtout un artiste sous estimé. Il est l’un des tous premiers à s’aventurer dans un style très graphique. Chez lui, les symboles, les signes conventionnels ont disparu. William va créer des œuvres autour de mouvements simples, très fluides qui créés la structure de la toile. Depuis quelques années beaucoup d’artistes ont emprunté cette voie mais à l’époque, William, seul, sans exemples autour de lui, à l’idée de créer son œuvre autour de ces mouvements. Les seuls signes qui apparaissent sont des cercles (et pas toujours) et quelques traces d’animaux (par ailleurs souvent peintes avec minuties dans un style très réaliste, avec des détails et pas uniquement de façon sommaire comme c’est le cas chez la plupart des autres artistes). Mais il a été capable de remettre en cause son style - dit-on après un voyage en Tasmanie où il a produit des gravures mais aussi probablement aux contacts avec les autres artistes d’Alice Springs. C’est qu’à un moment il doit se rendre à Alice Springs pour voir sa femme qui doit y suivre un traitement. Lui même aura à vivre avec un diabète. Vers 2000, peut être un peu avant , alors que nous étions à Papunya nous avions été chez William Sandy. Nous n’avions qu’un appareil photo jetable. Il était d’accord que je le prenne en photo avec une toile inachevée, un petit format. Je prends ma photo, très belle (dont je me servirai pour faire un carton publicitaire quelques mois plus tard). Mais tout d’un coup il rentre dans sa maison et revient, quelques secondes plus tard avec un tee-shirt sur lui (il était jusque là torse nu), trop petit, sale. Il s’était dit que ce serait plus convenable d’avoir un vêtement sur lui ! Bien entendu, j’ai gardé la photo où il était torse nu. Il va travailler pour plusieurs centre d’art et galeristes. Collections : Broken Hill City Art Gallery Donald Kahn collection, USA Lowe Art Museum, University of Miami Flinders University Art Museum, Adelaide Museum and Art Gallery of the Northern Territory, Darwin The Holmes a Court Collection, Perth The Kelton Foundation, Santa Monica, U.S.A. Wollongong City Art Gallery Oxford University (GB), Araluen Centre for the Arts… Groninger Museum
Willy Tjapanangka Billabong (Tjirrjiyii Janama) Groupe Kukatja / Ngardi - Kimberley / Désert Central Willy (vers 1930 – 2005), est originaire de la région de l’actuelle communauté de Balgo. Il commence à peindre sur des supports durables que tardivement. Il a alors près de 70 ans et peindra donc très peu de temps, lui laissant à peine le temps de se faire un nom. Il aura toutefois droit à deux expositions personnelles. Ces peintures peuvent être très sobres avec un motif central important, inspiré par les points d’eau créés aux Temps du Rêve. Il a peint aussi bien pour la coopérative de Balgo que pour celle de Halls Creek. On y sent l’influence des artistes de Balgo. Collections : National gallery of Victoria National Gallery of Australia Art Gallery of Western Australia Berndt Museum of Anthrology Kerry Stokes Laverty Collection, Berndt Collection,…
Willy est né dans les années 1930 et a été élevé dans la tradition par son oncle paternel Charlie Tarawa. Il a été déporté à Haasts Bluff puis à Papunya où il commence à peindre en 1976. C’est dans les années 80 que Willy se fait connaître comme artiste de premier plan et il est aujourd’hui, à la fin des années 90, l’un des plus célèbres artistes de l’Ouest du désert. Il est l’un des peintres emblématiques des Cycles Tingari peints de façon classique avec les cercles concentriques reliés par des lignes parallèles mais depuis quelques années, cet homme souvent considéré comme le plus âgé du groupe pintupi s’inspire presque exclusivement de cette série inspirée des Cycles Tingari du site de Kaakuratintja. Collections : Art Gallery of New South Wales, Sydney Victorian Centre for the Performing Arts, Melbourne National Gallery of Australia, Canberra Ebes Collection, Holmes a Court Coll, Perth Artbank, Sydney Aboriginal Art Museum, Fondation Kelton, Santa Monica Flinders University Art Museum, Parliament House Art Coll, Canberra
Winnie Reid Nakamarra Winnie Reid Nakamarra est née vers 1961. Winnie est la fille du célèbre artiste aborigène australien Makinti Napanangka. Comme sa mère, Winnie peint des histoires associées au trou de roche Lupul, un site sacré du désert occidental. Winnie s'inspire aussi des histoires liées aux cérémonies féminines, comme des dessins de peinture corporelle.
Wipana Minyintiri Jimmy Wipana est née dans la brousse, près du point d'eau de Makiri (minyma tjala Tjukurpa – site de création des femmes fourmis à miel), dans le désert occidental, en 1935. Sa mère est originaire de Watarru et son père d'Aparatjara. Elle a grandi à la mission d'Ernabella et garde un souvenir ému de ses années d'école. « À l'école, on apprenait en pitjantjatjara, pas en anglais. Tous les enfants étaient nus. Pauvres petits ! » Plus tard, elle a déménagé à Fregon avec sa famille, où elle s'est mariée et a élevé ses enfants. De Fregon, Wipana a déménagé avec sa jeune famille à Watarru, où elle a contribué à établir une communauté permanente. Wipana Minyintiri Muwaitja est la mère d'Anne, Beryl et Imatjala, toutes trois artistes reconnues. Son Tjukurrpa est le Makiri (fourmi à miel) de cette région. Wipana est décédée en 2019. Le savoir culturel se transmet oralement à travers le récit des Tjukurpa (récits traditionnels des voyages des ancêtres), qui assurent la subsistance des Anangu (peuple aborigène) non seulement physiquement, mais aussi socialement et spirituellement. La peinture Tjukurpa illustre un fragment d'une histoire plus vaste, une histoire vivante où un ancêtre a participé à la création du territoire. Les individus possèdent l'autorité et la propriété de cette terre, des sites et des récits qui y sont associés. La préservation de ce territoire est primordiale pour les artistes de Watarru, qui collaborent avec fierté avec le Département de l'Environnement et du Patrimoine d'Australie-Méridionale (DEHA) afin de continuer à prendre soin de la terre et à la gérer avec respect et responsabilité. Les artistes les plus expérimentés de Watarru sont reconnus pour leurs magnifiques peintures collaboratives. Tinpulya et sa sœur Wipana sont les figures de proue de ces œuvres. Leurs premières œuvres communes, commandées par le Département de l'Environnement et du Patrimoine d'Australie-Méridionale, sont désormais exposées en permanence au Parlement d'Australie-Méridionale. En 2007, elles ont remporté un prix important au concours Drawing Together, parrainé par la Commission de la fonction publique australienne. Ce concours prestigieux avait attiré plus de 570 participants de toute l'Australie. Aujourd'hui, les filles de Wipana continuent de peindre ensemble, en Australie-Méridionale et à l'atelier Ikuntji Artists, créant des toiles saisissantes et détaillées de leur Tjukurpa et de leur territoire.
Yakari Napaltjarri est née vers 1950 ou 1960 sur un site associé au Rêve de Goanna (varan) au sud de Kiwirrkurra. Elle est la sœur de Payu Napaltjarri, de Joseph Jurra Tjapaltjarri, des artistes bien connus. Sa famille a des contacts avec des patrouilles en 1962 et 1963 qui cherchent à regrouper les Aborigènes encore isolés. C’est en 1964 que le groupe rejoint Papunya. Yakari se mari à George Tjakamarra (frère de Freddy West) puis au décès de son dernier avec Simon Tjakamarr, frère d’Anatjari Tjakamarra. Avec autant de liens avec des peintres importants il était logique qu’elle soit parmi les premières femmes à se mettre à peindre en 1996. Collections Fondations Kelton, USA Art Gallery of New South Wales
Yala Yala Gibbs Tjungurrayi Groupe Pintupi –– Kintore / kiwirrkurra - Désert Occidental Yala Yala Gibbs (1924 / 1998) se dirige vers Papunya en 1962 avec sa famille (dont sa femme Ningura Napurrula, George ward Tjungurrayi et Willy Tjungurrayi, ses demi-frères). Cette décision est prise pour soigner son fils Morris Gibson, qui souffre de brûlures graves. Il regagne ensuite ses terres traditionnelles pour quelques mois avant de joindre Papunya de nouveau. Il se mariera avec deux autres femmes, Yinarupa Nangala et Mangkatu Nangala. Yala Yala entre dans l’histoire en faisant partie du premier groupe d’artistes autour de G Bardon et il est l’un des créateurs du style classique pintupi décrivant les Cycles Tingari. Des cercles concentriques reliés par des lignes parallèles. On peut dire qu’il est l’un des pintupi les plus influents, et pas seulement au niveau artistique. La plupart des membres de sa famille sont aujourd’hui des artistes. Il s’inspire ici d’un Rêve de Kuningka. Collections : Art Gallery of Western Australia Alice Springs Court House, Araluen Collection Brooklyn Museum of Art, Holmes a Court, Museum and Art Galleries of the Northern territory National gallery of Australia National Gallery of Victoria Queensland Art Gallery The Kelton Foundation
Ethnie Pintupi – Désert Occidental – Communauté de Kintore Yalti est née vers 1969. Elle fait partie de ce fameux dernier groupe familial à prendre contact avec l’homme blanc en 1984, en débarquant à Kiwirrkurra, venant de zones très isolées. Interviewée en 2004 elle dira que c’était une période plus heureuse. Son mari est mort quelques années avant. Il était l’homme le plus âgé de ce groupe. Elle est désormais mariée à warlimpirrnga Tjapaltjarri, un autre homme faisant partie de cette aventure, artiste réputé et premier de cette famille a se lancer dans la peinture en 1987. Yalti s’est mise à peindre en 1996. Elle s’inspire ici du site de Ngaminya où des Femmes ont campé avant de poursuivre leur route vers Wirrulnga. Collections : Fondation Kelton, USA
YINARUPA NANGALA Les paysages du désert de l'Australie centrale, à la fois hostiles et d'une beauté désarmante, ont sculpté l'imaginaire de Yinarupa Nangala. Yinarupa a grandi au sein de la culture Pintupi, imprégnée des récits du Temps du Rêve, le Tjukurrpa, qui fonde la spiritualité et l'identité de son peuple. Son existence, qui a débuté dans un mode de vie nomade, est une odyssée personnelle et artistique qui se reflète dans chaque ligne et chaque point de ses toiles. Loin d'être de simples représentations, ses œuvres sont des cartes cosmiques, des hymnes silencieux à la terre de ses ancêtres. Yinarupa est la fille d’Anatjari Tjampitjinpa, l’un des membres fondateurs du mouvement pictural et la sœur de Ray James Tjangala et Mantua Nangala, des artistes accomplis eux aussi. Une patrouille les amène à Papunya en 1963 et quitte ainsi la vie nomade traditionnelle. Yinarupa est alors toute jeune, probablement quelques années (1958 est donné régulièrement comme une date de naissance probable, mais aussi 1961...). Elle est aussi l’une des femmes de Yala Yala Gibbs Tjungurrayi, un autre artiste influent (décédé en 1998). C’est en aidant son vieux mari à compléter le fond pointilliste de ses toiles que Yinarupa se familiarise avec les techniques modernes. Elle débute sa propre carrière de peintre en 1996 comme les autres femmes de Kintore et Kiwirrkurra. En 2009 elle remporte le prix de la meilleure peinture lors du 26 ème Testra Award. L'art de Yinarupa Nangala puise sa sève dans les récits de la création. Les motifs qu'elle emploie, loin d'être abstraits, sont des symboles cartographiques et narratifs. Sa peinture décrit le site où elle est née, Mukula, avec tous les détails du relief, de la nourriture qu’on y trouve et de leurs associations avec les Ancêtres du Temps du Rêve (un important groupe de Femmes y réalisèrent des cérémonies avant de poursuivre leur route). Les petits cercles symbolisent généralement les tomates du Bush par exemple (mais aussi du raisin sauvage,...). Mais les cercles plus grands représentent les sites cérémoniels. Les formes en U sont les femmes (les Ancêtres Tingari), souvent groupées. Les lignes, d'une précision méticuleuse, ne sont pas de simples ornements ; elles représentent des énergies invisibles, les traces du vent, les courants d'eau, et les marques laissées par les ancêtres sur le sol. Le lien entre son art et le territoire est indissociable. Yinarupa ne se contente pas de peindre un paysage ; elle peint l'âme de la terre, les forces spirituelles qui l'ont façonnée. Ses toiles sont une méditation sur la relation entre les humains, les esprits ancestraux, et la nature, un lien qu'elle exprime avec une grâce et une profondeur émouvantes. Son travail est un rappel poignant de l'importance de préserver les cultures indigènes et les sagesses ancestrales dans un monde en constante évolution. Elle a été finaliste et/ou a reçu des prix artistiques importants et ses œuvres figurent dans d'importantes collections dont : Collections : Musée des Confluences, Lyon, Levi Kaplan Collection, Hank Ebes Collection, Art Gallery of South Australia, Museum and Art Galleries of the Northern Territory, National Gallery of Victoria, Queensland Art Gallery,
Yukultji Napangati (Yukuritjinya) Yukultji Napangardi incarne un cas exceptionnel dans l'histoire de l'art aborigène contemporain : elle appartient au dernier groupe familial à avoir vécu de manière totalement isolée, en suivant un mode de vie traditionnel de l'âge de pierre, avant d'entrer en contact avec la société occidentale en 1984. Cette rencontre tardive fait d'elle une artiste-témoin, porteuse d'une mémoire directe et intacte d'un monde en voie de disparition. Née vers 1971, Yukultji garde des souvenirs vivaces de son existence nomade dans le désert. Parmi ces réminiscences figure l'image saisissante des nuits passées aux côtés des dingos, dont la chaleur corporelle permettait de survivre au froid nocturne du bush. Cette pratique illustre l'adaptation remarquable des peuples du désert à un environnement hostile, où la frontière entre humain et animal relevait d'une écologie de survie quotidienne. Son parcours artistique débute en 1996, lorsque la coopérative d'art commence à confier des toiles aux femmes de la communauté. Cette initiative s'inscrit dans le mouvement plus large de valorisation de l'expression féminine au sein de l'art aborigène, domaine longtemps dominé par les représentations masculines. Yukultji saisit cette opportunité pour transposer visuellement les récits et savoirs qui structurent sa vision du monde. Son répertoire thématique s'articule autour de plusieurs sites sacrés dont elle détient les histoires : Marrapinti, Malaluka, Walkankarra et Ngaminya. Chacun de ces lieux constitue un nœud narratif dans la géographie mythologique du Rêve, porteur de significations cosmologiques et ancestrales spécifiques. À travers sa peinture, Yukultji ne représente pas simplement des paysages, mais actualise des relations complexes entre territoire, mémoire collective et identité culturelle. La mort de son mari, Charlie Ward Tjakamarra, marque un tournant dans son engagement artistique. Elle intensifie alors sa production picturale, comme si la création devenait un espace privilégié pour négocier le deuil et maintenir vivants les liens avec les récits partagés. Cette période témoigne également d'une prise d'autonomie et d'une affirmation personnelle à travers l'art. Yukultji participe activement aux expositions organisées par la coopérative et ses partenaires, contribuant ainsi à la circulation et à la reconnaissance de l'art aborigène sur la scène nationale et internationale. Son parcours singulier – du nomadisme traditionnel à la scène artistique contemporaine en l'espace d'une génération – fait d'elle une figure exceptionnelle, pont vivant entre deux mondes radicalement différents. L’œuvre de Napangati a été largement exposée en Australie et à l’étranger. Parmi ses expositions notables, citons ses expositions individuelles, Yukultji Napangati : Shimmer (2020), Utopia Art Sydney, NSW, (Australie), et Yukultji Napangati (2019), Salon 94, New York, (États-Unis) ; ainsi que sa participation aux expositions collectives Desert + Coast : Seven Elder Aboriginal Painters, Salon 94, New York, (États-Unis) ; Ever Present : First Peoples Art of Australia, National Gallery of Australia, Parkes, ACT, AU – qui a ensuite été présentée à l’Art Gallery of Western Australia, WA, AU ; à la National Gallery Singapore ; à l’Auckland Art Gallery Toi o T?maki, NZ (2022-2023) ; et l’exposition phare Marking the Infinite : Contemporary Women Artists from Aboriginal Australia (2016-2019), présentée au Newcomb Art Museum, Tulane University, New Orleans ; au Patricia & Phillip Frost Art Museum, Florida International University, Miami ; et au Nevada Museum of Art, Reno. La Phillips Collection, Washington DC (États-Unis) ; le Musée d’anthropologie de l’Université de Colombie-Britannique, Vancouver (Canada) ; et l’exposition « Peintres du désert d’Australie » (2019-2020), Gagosian, Hong Kong (Chine), New York et Los Angeles (États-Unis). En 2018, Napangati a reçu le prestigieux prix Wynne décerné par l’Art Gallery of NSW. Ses œuvres figurent dans de nombreuses collections privées et publiques, tant au niveau national qu’international, notamment au Musée d’art de Harvard, Cambridge (États-Unis) ; au Musée d’art Hood, Dartmouth College, Hanover (États-Unis) ; au Metropolitan Museum of Art, New York (États-Unis) ; au Musée d’art de Milwaukee, Wisconsin (États-Unis) ; et au Musée d’art de Toledo, Ohio, à la National Gallery of Australia, et l’Art Gallery of New South Wales, Artbank,… Artbank Art Gallery of New South Wales, Sydney, AU Art Gallery of South Australia, Adelaide, AU Griffith University Art Collection, Brisbane, QLD, AU Harvard Art Museum, Cambridge, MA Hood Museum of Art, Hanover, NH The Metropolitan Museum of Art, New York, NY Milwaukee Art Museum, WI Museum of Contemporary Art, The Rocks, NSW, AU National Gallery of Australia, Parkes, ACT, AU National Gallery of Victoria, Melbourne, AU Queensland Art Gallery, Brisbane, QLD, AU Toledo Museum of Art, Toledo, OH
YURPIYA LIONEL Yurpiya est née à Donald’s Well, sur les terres ancestrales des Pitjantjatjara, près de Kenmore Park, à environ 45 km à l’est d’Ernabella. Elle est la fille de Pantjiti Lionel, une femme Pitjantjatjara de grande renommée et artiste. Sa famille vivait à Ernabella, où elle a été scolarisée. En 2004, Yurpiya a commencé à peindre à Ernabella Arts et dirige aujourd’hui l’atelier de peinture féminin. Elle a trois enfants et plusieurs petits-enfants ; ses filles, Rachael et Alison Lionel, sont des artistes prometteuses des ateliers de peinture et de céramique. Yurpiya est également une sculptrice et tisserande de talent. En 2011, l’Université de Newcastle a fait l’acquisition de ses œuvres. En 2015, elle a été finaliste du Prix national des arts aborigènes et des insulaires du détroit de Torres, et en 2018, finaliste du Prix Wynne. En 2017, elle a exposé avec ses deux filles et sa mère dans le cadre de l'exposition « The Lionel family – Tjukurpa titutjura kunpu ngaranytjaku » (Préserver la force de notre tjukurpa pour toujours). En 2018, la galerie Sabbia a présenté son travail à Sydney Contemporary. La même année, ses peintures ont été exposées à APY LANDS LA : Central Desert Painters of Australia à Los Angeles. En 2020, elle a participé à Nganampa ngura-nguru nyurampa ngurakutu (De notre lieu à votre lieu) à Aboriginal Signature à Bruxelles. Yurpiya continue d'exposer à l'échelle nationale et internationale.
Yuyuya Nampitjinpa Groupe Pintupi – Désert Occidental Yuyuya décrit ici le site de Watanuma, situé au nord ouest de Kintore. Un groupe de Femmes – il faut comprendre ici d’Ancêtres – sont passées là venant de l’ouest et poursuivirent leur chemin vers Pinari. Yuyuya est née vers 1946, dans le bush, dans une zone très isolée à l’est de l’actuelle communauté de Kiwirrkurra. Elle est la fille du frère aîné d’Uta Uta Tjangala, très célèbre artiste ayant participé à la création du mouvement artistique aborigène dans le désert. Elle est la sœur de Ronnie Tjampitjinpa, l’un des plus importants artistes vivants. Mais d’autres membres de sa famille sont des artistes proéminents. Elle est arrivée à Haasts Bluff en 1956, venant du bush. Puis elle est allée à l’école à Papunya où après elle a occupé divers emplois. Elle vit désormais à Kintore. Comme ses frères elle possède des droits sur de nombreux sites et de nombreux Rêves. Elle s’inscrit dans l’histoire artistique du Désert Occidental en faisant partie des premières femmes pintupi à se mettre à la peinture (en 1994 avec un projet en commun avec les femmes de Haasts Bluff – puis en 1996 à Kintore). Son style est assez dépouillé. Elle est aussi très investit dans la culture et les traditions en participant aux cérémonies. Collections : Aboriginal Art Museum, Hollande National Gallery of Victoria
Yvonne Nangala Gallagher travaille avec l'école de Yuendumu en soutenant des activités culturelles et des visites dans le bush pour les enfants. Elle est propriétaire du Rêve d’Eau, le Ngapa jukurrpa, par l'intermédiaire de son père et a grandi et est allée à l'école sur les terres de la ferme de Wayililinpa au sud de Yuendumu dans les années 1980 et 1990. Elle est la plus jeune fille de feu C. Napangardi Gallagher.