Jane Tilmouth Nampijinpa Groupe Warlpiri – Sud du Désert du Tanami Jane décrit souvent son Rêve d'Amour. Ses peintures complexes et détaillées sont centrées sur une histoire du Temps du Rêve, celle d'un amour interdit et de la transgression des règles sociales qui régissent les relations entre certaines catégories de peuples du désert. Ngarlu signifie littéralement « roche rouge » et fait référence au Pays situé à l'est de Yuendumu. C'est ici que vivait, au Temps du Rêve, un homme Jungurrayi, Lintipilinti. Lintipilinti tomba amoureux d'une femme Napangardi. Cette relation était interdite dans le système de peau Warlpiri, car la femme était, selon la loi, sa belle-mère classificatrice. Très attiré par la beauté de la femme, Lintipilinti se rendit à Ngarlu et confectionna un écheveau en cheveux pour la femme. Ce faisant, il chanta pour elle, et un petit oiseau lui apporta ce fil. La femme fut attirée par son chant et, lorsqu'ils firent l'amour, ils formèrent deux monuments que l'on peut encore voir à Ngarlu aujourd'hui
JANELLE THOMPSON Janelle est née à Alice Springs et a fréquenté l'école Kenmore Park et le lycée Woodville à Adélaïde. Artiste céramiste accomplie, elle travaille aux côtés d'autres femmes de sa génération dans l'atelier de céramique. Ses tantes et sa grand-mère travaillent également au centre d'art. Sa grand-mère, Carlene Thompson, est une artiste reconnue, tout comme sa cousine Anne Nginyangk Thompson. Son grand-père était l'un des leaders du mouvement pour les droits fonciers des APY. En 2016, Janelle a collaboré avec sept autres femmes Ernabella à une installation de céramique collective pour le Prix d'art de la céramique autochtone au musée d'art de Shepparton. L'œuvre a ensuite été acquise par le Musée national d'Australie et exposée dans le cadre de l'exposition « Songlines : Tracking the Seven Sisters ». En 2017, Janelle a joué un rôle de premier plan dans la commande de plus de 900 carreaux sur mesure pour un hôtel de luxe. Elle a travaillé avec deux autres artistes pour appliquer l'engobe, sculpter, émailler et cuire chaque carreau. Janelle est une artiste dévouée et une étoile montante de l'atelier de céramique d'Ernabella.
Janet Forrester Nangala Dans le désert du centre australien, là où l'air est si pur et la nuit si profonde que la Voie Lactée semble à portée de main, Janet Forrester Nangala (connue aussi sous les orthographes Ngala ou Nala - variations d'une même identité portée par une langue sans frontières strictes) est née aux alentours de 1936 ou 1954 selon les sources, cette incertitude même disant quelque chose d'essentiel : pour les peuples du désert, le temps se compte moins en années qu'en saisons, en cérémonies, en récits transmis de génération en génération ! Elle appartient au groupe Luritja du désert central. C'est dans les années 1980 qu'elle commence à peindre, rejoignant le mouvement qui, depuis Papunya dans les années 1970, avait permis aux artistes aborigènes de transposer sur toile des savoirs jusqu'alors réservés aux peintures corporelles et aux dessins sur le sol. Sur ces supports périssables, les récits des Ancêtres disparaissaient après chaque cérémonie. Désormais, ils pourraient traverser le temps — et les continents. Le thème qui revient au cœur de l'œuvre de Janet Forrester Nangala est celui du Milky Way Dreaming — le Rêve de la Voie Lactée. Pour les Aborigènes australiens, la galaxie est le foyer des esprits ancestraux : chaque étoile représente un Ancêtre (ou un Rêve). Dans le désert australien, sans pollution lumineuse, le ciel est d'une richesse et d'une intensité que les citadins ne peuvent qu'imaginer. La plupart des étoiles ont des récits liés à leurs origines : on croit qu'elles furent autrefois des personnes et des animaux du Temps de la Création. L'un de ses récits favoris est celui des Sept Sœurs. Ces sœurs mythologiques du Tjukurrpa sont poursuivies par un homme nommé Jilbi, l'étoile du matin dans la ceinture d'Orion. Pour lui échapper, les femmes se transforment en flammes à Kurlunyalimpa et s'élèvent vers les cieux pour devenir des étoiles — celles que l'on reconnaît aujourd'hui dans les Pléiades, dans la constellation du Taureau. C'est cette fuite, ce saut vers l'infini, que Janet traduit sur ses toiles. Pour qui découvre son travail sans en connaître les clés, l'œuvre de Janet Forrester Nangala apparaît d'abord comme une explosion de points, disposés en cercles, dans un camaieu de bleu (dont les nuances sont apportées par du blanc, donnant un léger contraste et une tonalité différentes à chaque point) : des centaines, parfois des milliers de petits points disposés en vagues, en cercles, en constellations qui semblent respirer. C'est le dot painting, la peinture en pointillés, technique devenue emblématique de l'art aborigène contemporain depuis les années 1970. Les points permettaient de suggérer la topographie d'un lieu, le mouvement d'un ancêtre, la trajectoire d'un astre, tout en préservant la part secrète du récit. Comme il est d'usage dans la tradition, Janet travaille dans un style abstrait pour protéger la dimension sacrée de ses récits hérités, transmis de génération en génération. Elle ne raconte pas tout. Une partie du Rêve reste dans l'ombre, réservée à ceux qui ont été initiés. Ce silence délibéré fait partie de l'œuvre. Janet va connaître un certain succès dans les années 1990. collections : NGA
JANET GOLDER Ethnie Anmatyerre – Désert central – Communauté d’Utopia Janet est née en 1973 sur les terres de la communauté d’Utopia. Elle compte dans sa famille des membres éminents de ce mouvement pictural. Son mari, Ronnie Bird est aussi artiste (sa mère est Ada Bird Petyarre, sœur de Gloria et Kathleen Petayrre, toutes 3 des artistes très célèbres). Elle commence à peindre en 1997 en décrivant les différents aspects de l’Awelye, un cycle de cérémonies associées à la fertilité de la terre et comprenant des danses, des chants et des motifs. Elle s’inspire aussi bien des peintures corporelles, une thématique récurrente chez les artistes femmes d’Utopia mais aussi des différentes sources de nourritures (« bush tucker » dont on a des aspects profanes et d’autres sacrés) ou des plantes médicinales (thème popularisé par Gloria Petyarre), du Rêve d’Emeu, le Rêve d’Igname,…. Parfois aussi, dans un style à la fois audacieux et très technique, très précis, elle mixe les différents thèmes sur une seule toile,
Janet Long Nakamarra Janet Long Nakamarra est née en 1960 dans le bush, près de la communauté Willowra en Australie centrale. Elle a grandi en vivant un mode de vie traditionnelle avec sa famille. Janet est la fille de l'artiste Nora Long Nakamarra, soeur de Doreen Dickson Nakamarra et demi-soeur de l'artiste bien connu et talentueux Malcolm Maloney Jagamarra. Après avoir quitté l'école, elle a commencé à aider les aînés de la communauté à produire des livres en langue Warlpiri tout en étudiant également en tant que professeur. Ces livres "Warlpiri Women's Voices" ont été traduits en anglais et en warlpiri. Grâce à son travail acharné et à sa détermination, elle a acquis le statut de linguiste auprès de son peuple et a commencé à enseigner à l'école Willowra. Elle a commencé à peindre en 1989 sur de petits formats lorsque le magasin communautaire a commencé à stocker des fournitures d'art pour les artistes qui y résidaient. Mais c’est surtout son frère qui la pousse dans cette voie. En 2003, après une période d’approfondissement des connaissances tribales, les anciens lui ont donné la permission de peindre des histoires sur le thème du Rêve d’Eau (Ngapa). Dans ces peintures, Janet dépeint le débit des eaux souterraines à Warntapari. C'est un lieu où des cérémonies sont effectuées. Ses peintures sont très précises et très riches en détails avec des points très fins. Elle utilise une vue topographique du terrain pour relier les cours d'eau et les déplacements que ses ancêtres ont dû faire pour assurer leur survie et leur accès à l'eau. Parmi les autres sujets des œuvres de Janet, citons Ngapa, Witchetty Grub, Snake, Frog, Women 's Ceremony et Seed Dreamings, Bandicoot Dreaming et Yawulyu (peintures corporelles). Pour les femmes Warlpiri d’Australie centrale lors des cérémonies d’hommage aux ancêtres, les femmes peignent le haut de leur corps, leurs bras et leurs poitrines avec des matifs réalisés avec de l’ ocre. Les marques elles-mêmes symbolisent les actions des ancêtres. Janet voit dans sa peinture un moyen d'enseigner aux gens sa culture. Lapluie arrive parfois dans le désert de Tanami. Elle gonfle alors les creeks asséchés, inonde les les billabongs et zones argileuses. Le Warlpiri vivait autrefois près des points d’eau importants jusqu'à ce qu'ils s’assèchent. Lorsqu’il n’y avait pas d'eau en surface, ils creuseraient des trous pour la trouver. Elle étudie aussi le droit et sert d’interpréte souvent. Collections: National Gallery of Victoria, Melbourne Art Gallery of New South Wales, Sydney Australian Embassy, New York Berndt Museum of Anthropology, University of Western Australia. The Kelton Foundation, Santa Monica, U.S.A.
Janice Murray Pumpuni (1966) groupe Tiwi – Ile Melville Janice Murray vit à Milikapiti, sur l'île Melville, et se lance dans une carrière d'artiste en 1995. Depuis, elle est reconnue non seulement pour ses peintures, mais aussi pour ses gravures, qu'elle réalise depuis les premiers ateliers de gravure organisés au centre, et pour ses sculptures installées à Darwin et Sydney. Les compositions harmonieuses et réfléchies de Janice allient son imagination créatrice et son esthétique personnelle. Janice possède un style personnel, un mélange de peintures corporelles, de peintures sur écorce, de motifs peints sur des poteaux pukumani et sur les visages. Le pays d'origine de Janice sur l'île est Tinganu, une région située à l'extrême est de la communauté. Lors des cérémonies, sa danse totémique est « Jarrangini » (tortue). Janice utilise exclusivement des ocres (turtiyanginari) pour ses peintures. Collections Fremantle City Council Collection, WA National Gallery of Australia, Canberra The British Museum England Darwin City Council, NT Australian Print Workshop, Melbourne Newcastle University, Newcastle Palmerston Regional Hospital
Janice Petrick Kemarre Janice est née vers 1965 / 1966. Elle est la flle de Josie Petrick, une artiste d’Utopia qui a connu un certain succès dans les années 2000.
JANICE STANLEY Janice représente la troisième génération de femmes Stanley à créer des œuvres à Ernabella. Elle est peintre et céramiste en début de carrière. Sa grand-mère est Tjariya Stanley, artiste fondatrice et guérisseuse traditionnelle, et ses tantes sont les artistes confirmées Alison Milyika Carroll et Renita et Inawinytji Stanley. Quand Janice était encore à l'école, elle venait au centre d'art et observait sa grand-mère et ses tantes créer des œuvres. Après ses études, elle a fait partie d'une troupe de cirque en excursion sur l'île Christmas, au large des côtes de l'Australie-Occidentale. C'est là que Janice a découvert les lacs. Elle les a également vus du ciel pour la première fois, et cette vision est devenue la source d'inspiration de ses peintures. Janice vit à Pukatja avec son mari et ses deux enfants.
Janie Morgan Petyarre Groupe Alyawarre – Utopia – Désert centrale Janie a participé très tôt à la vie artistique de sa communauté, Utopia. Elle a ainsi participé aux projets du groupe Utopia Women's Batik dans les années 1980. En 2006 elle commence à peindre sur toile en puisant dans le répertoire de motifs associés à son Rêve principal, le Rêve d’Orange Sauvage. C’est sa cousine, l’artiste Barbara Weir qui la pousse à trouver une façon personnel de peindre. Sa mère Lena Pwerle est une peintre bien connue d’Utopia. Janie Petyarre Morgan est une artiste aborigène émergente vivant à Irrultja en Utopia. Son pays est l'Ingkwelaye (Kurrajong Bore) et sa langue est l'Alyawarre. et s'est impliquée dans les Awelye (cérémonies des femmes) dès son plus jeune âge. Oratrice d'Alyawarre, son rêve principal est Bush Orange (Atwakee). En 2006, Janie a commencé à peindre sur toile sous la direction de ses tantes et notamment de sa cousine Barbara Weir qui a encouragé Janie à développer son style individuel. Bush Orange est également connu à Alyawarre sous le nom d'Atwakee. Autrefois abondante mais aujourd'hui rare en raison du surpâturage, cette espèce était une source stable de brousse pour les Autochtones. Le petit fruit parfumé est suspendu à de longues tiges et est vert lorsqu'il n'est pas mûr, devenant jaune ou rougeâtre à maturité. Le fruit a une peau extérieure dure qui lui permet de rester intact pendant de longues périodes. A l’occasion elle a peint des Rêves de Kangourou. collections : Art Gallery of New South Wales
Janie Napangardi Williams est née en 1974 à Yuendumu, une communauté aborigène isolée située à 290 km au nord-ouest d'Alice Springs, dans le Territoire du Nord australien. Sa mère biologique est décédée alors qu'elle était très jeune. Elle a été élevée par le père de Mary Napangardi Butcher, Jack Japanangka Butcher (décédé), et sa sœur Daisy Napanangka Nelson (décédée), tous deux artistes reconnus de la communauté de Yuendumu. Janie a fréquenté l'école locale et a trois frères et sœurs : Joey, Maggie et Graham. Depuis 2007, Janie peint pour le centre d'art aborigène situé à Yuendumu et géré par des Aborigènes. Enfant, elle venait souvent au centre d'art pour observer sa famille adoptive peindre et écouter leurs histoires. Janie peint le Ngarlidirdi Jukurrpa (Rêve de la Larve de Witchetty) de son père et de son grand-père, au nord du mont Dennison. Ces récits sont intimement liés à sa terre, à ses caractéristiques et à la faune et la flore qui la peuplent. Ils lui ont été transmis de génération en génération depuis des millénaires, de ses parents à ses ancêtres. Janie utilise une iconographie traditionnelle et une palette de couleurs libre pour représenter sa culture ancestrale. Janie est une mère célibataire qui élève trois enfants. Elle vit actuellement à Willowra, une communauté aborigène isolée située à 220 km au nord-ouest d'Alice Springs et à 200 km de Yuendumu. Dès qu'elle le peut, elle continue de se rendre à Yuendumu pour peindre avec sa famille et ses amis.
Jaxon Gittens Barrindji Jaxon est un métis originaire de la région de la Lower River Murray, dans le sud de l'Australie. Il peint habituellement son 'tRêve' : des plantes à baies. Il a un style unique, technique, méticuleux mettant l’accent sur les contrastes de couleurs ou, au contraire, sur des effets de camaïeux. Il a eu une exposition pour Bosch en Allemagne.
Jean Baptiste Apuatimi Jean Baptiste Apuatimi, également connue sous son nom traditionnel Pulukatu, compte parmi les artistes aborigènes importants. Née en 1940 à Pirlangimpi sur l'île Melville, dans la mer de Timor, elle s'est imposée comme l'une des principales représentantes de l'esthétique tiwi, contribuant de manière décisive à la reconnaissance nationale et internationale de l'art de cette région insulaire. Son parcours artistique s'inscrit dans une trajectoire personnelle marquée par la transmission culturelle et la réinvention créative. Éduquée dans le système missionnaire catholique de l'île Bathurst, elle épousa à quatorze ans le sculpteur renommé Declan Apuatimi, figure centrale de l'art tiwi de son époque. Cette union, qui dura jusqu'au décès de son époux en 1985, constitua pour elle une période d'apprentissage essentielle durant laquelle elle maîtrisa les techniques traditionnelles et assimila les récits cosmologiques de son peuple. C'est paradoxalement après la disparition de son mari que Jean Baptiste Apuatimi émergea pleinement en tant qu'artiste à part entière. Initialement sculptrice, elle se tourna vers la peinture sur toile et sur écorce au début des années 1990, lorsque le travail du bois de fer (un bois très dense) devint trop éprouvant physiquement. Cette transition marqua le début d'une carrière prolifique et novatrice. Dès 1991, ses premières peintures se distinguèrent par leur originalité, présentant une imagerie figurative qui tranchait avec les productions contemporaines des îles Tiwi. L'œuvre d'Apuatimi se caractérise avant tout par sa maîtrise du « jilamara », terme désignant les motifs géométriques traditionnellement peints sur les corps lors des cérémonies. Elle s'appropria particulièrement les designs allongés et géométriques ornant le corps des veuves avant la purification rituelle, transposant ces patterns corporels éphémères sur des supports permanents. Cette démarche témoigne d'une volonté de préservation culturelle tout en opérant une transformation profonde du médium et du contexte de ces formes ancestrales. Sa palette chromatique, fidèle à la tradition tiwi, mobilise les ocres naturels – rouges, jaunes, blancs et noirs – appliqués selon des techniques de hachures croisées et de motifs géométriques. Mais au-delà de cette continuité formelle, Apuatimi développa un langage visuel personnel, explorant des thèmes variés allant des récits de création comme l'histoire de Purrukuparli aux représentations animales stylisées, notamment ses célèbres crocodiles et poissons-scies. La reconnaissance institutionnelle de son travail fut rapide et substantielle. En 1992, l'intégralité de l'exposition collective du centre d'art Jilamara, dont elle fut l'une des fondatrices en 1989 avec Kitty Kantilla et Freda Warlapinni, fut acquise par la National Gallery of Victoria. Cette acquisition témoignait de l'intérêt croissant des institutions australiennes pour l'art des îles Tiwi et consacrait Apuatimi comme figure de proue de ce mouvement artistique. Son implication dans la création du centre d'art Jilamara à Milikapiti revêt une importance considérable pour comprendre son rôle au sein de la communauté artistique tiwi. Au-delà de sa pratique individuelle, elle participa activement à la structuration d'un espace collectif permettant la transmission des savoirs traditionnels et la création d'une économie artistique locale. Cette dimension communautaire de son engagement illustre la fonction sociale de l'artiste dans le contexte aborigène, où la création artistique demeure indissociable de la perpétuation culturelle. L'année 2007 marqua un tournant dans sa carrière internationale avec sa participation à l'inauguration de la National Indigenous Art Triennial au sein de la National Gallery of Australia. L'exposition, intitulée "Culture Warriors", itinéra jusqu'à Washington en 2009, où Apuatimi assista personnellement au vernissage. Cette consécration officielle plaçait son œuvre au cœur des débats contemporains sur l'art aborigène et sa place dans le patrimoine artistique australien. Les dernières années de sa carrière furent marquées par une productivité soutenue et une visibilité accrue. Son exposition personnelle à la Rebecca Hossack Gallery de Londres en 2009, intitulée "Tapalinga", ainsi que sa participation à l'exposition "Maternal Lines" lors du Darwin Festival en 2012, attestent de son rayonnement international. En 2020, soit plusieurs années après son décès survenu en 2013, ses œuvres figurèrent en bonne place dans l'exposition majeure "TIWI" de la National Gallery of Victoria, confirmant son statut d'artiste majeure dont l'héritage continue de nourrir les réflexions sur l'art aborigène contemporain. L'exposition "Know my name: Australian women artists 1900 to now", présentée à la National Gallery of Australia, inclut son œuvre "Jikapayinga", soulignant ainsi sa contribution à l'histoire de l'art féminin australien. Cette reconnaissance posthume témoigne de la double dimension de son héritage : en tant qu'artiste tiwi perpétuant et réinventant les traditions ancestrales, et en tant que femme artiste ayant conquis une légitimité dans le champ de l'art contemporain australien. L'analyse de sa production révèle une tension féconde entre fidélité aux conventions esthétiques tiwi et innovation formelle. Si ses peintures respectent les deux axes principaux de l'art tiwi – la représentation d'objets cérémoniels et les motifs de peintures corporelles –, elles témoignent également d'une recherche constante de nouveaux thèmes et de nouvelles compositions. Cette capacité à renouveler le répertoire visuel tout en maintenant l'ancrage culturel constitue sans doute l'une des clés de son succès critique. Membre du groupe totémique March Fly et gardienne de la cérémonie du Buffalo Dance, Apuatimi incarna jusqu'à sa disparition l'alliance entre autorité traditionnelle et innovation artistique. Mère de onze enfants, dont l'artiste Maria Josette Orsto, elle assura également la transmission générationnelle de ces pratiques, formant par son exemple une nouvelle génération d'artistes tiwi. Son décès en 2013 marqua la fin d'une génération d'artistes ayant vécu la transition entre l'art traditionnel produit pour les cérémonies locales et l'art destiné au marché continental et international. Collections : National Gallery of Australia (Canberra) – Dix-huit œuvres National Gallery of Victoria (Melbourne) – Vingt œuvres Art Gallery of New South Wales (Sydney) Queensland Art Gallery | Gallery of Modern Art (Brisbane) Art Gallery of South Australia (Adélaïde) Art Gallery of Western Australia (Perth) Charles Darwin University Art Collection and Art Gallery (Darwin) British Museum (Londres) National Museum of Women in the Arts (Washington) Kluge-Ruhe Aboriginal Art Collection of the University of Virginia (Charlottesville) Seattle Art Museum (Seattle) Kelton Foundation (Californie)
JEAN HUDSON NAMPIJINPA Jean Hudson Nampijinpa est née dans la communauté isolée de Yuelamu en 1956 (1954 selon d’autres sources). La communauté de Yuelamu se trouve à environ 3 heures d'Alice Springs, en plein coeur de l’Australie. Elle est la sœur de l'artiste Maureen Hudson Nampitjinpa et la carrière des deux sœurs est presque indissociable. Jean a grandi sur les terres traditionnelles de sa famille, apprenant les lois claniques, la culture. Jean est une locutrice Warlpiri mais elle parle également l'Anmatyerre, une autre langue aborigène d'Australie centrale. Son pays, l’endroit dont elle a la charge spirituelle est Kerrinyerra / Mount Wedge, un si qui se trouve dans la région de Yuelamu/Yuendumu. Ce site est associé à de nombreux Rêves et il est un lieu hautement sacré pour les femmes comme pour les hommes. Il est occupé notamment par un point d’eau qui revêt une grande importance. Mais elle des droits importants également sur un autre site important de la région, Warlukurlangu, associé au Rêve de Feu. Jean a hérité de plusieurs rêves. De son père, elle a hérité dele Rêve de Feu, de son grand-père, elle a hérité du Rêve d’Eau, de sa mère, elle a hérité celui de l’Oignon Sauvage. Elle commence à peindre très tôt, en 1979. Si ses peintures utilisaient initialement une iconographie traditionnelle au fil du temps, elles prennent un aspect plus personnel. Sa sœur en fait de même. Nous sommes là à une période où il y a peu d’exemples autour d’elle et s’engager ainsi vers des voies nouvelles est la preuve d’un esprit d’aventure, d’un réel esprit artistique. Les deux sœurs font essayer plusieurs techniques, parfois mélanger plusieurs styles sur une même toile. Collections : Kelton Foundation Collection. Artbank. Nangara Collection (Hank Ebes collection)
Jeanie Napangardi Lewis Mina Mina Jukurrpa - Ngalyipi Ngalyipi (liane serpent [Tinospora Smilacina]) est souvent représentée dans les peintures contemporaines Warlpiri et possède une grande signification cérémonielle pour les warlpiri. Les femmes Napanangka / Napangardi et les hommes et Japanangka / Japangardi sont les gardiens de ce Rêve. Plus excatement ces motifs sont associés au Rêve de Liane Serpent sur le site cérémoniel de Mina Mina. Jeannie (Jeanie) vit dans une petite communauté avec son ami Mickey Singleton Jampitjinpa, un artiste et un homme de loi important chez les membres de son groupe linguistique les warlpiri. Jeanie Napangardi Lewis est née vers 1950 sur ses terres ancestrales près de Wilkinkarra (lac Mackay) dans le Territoire du Nord. Le pays traditionnel de Jeanie est Mina Mina, à l’ouest de Yuendumu, une communauté aborigène isolée située à 290 km au nord-ouest d’Alice Springs, au coeur de l’Australie. La famille de Jeanie a vécu à Mina Mina et dans ses environs avant de déménager à Yuendumu, puis à Nyirrpi où elle vit depuis de nombreuses années. Elle était mariée à Mickey Jampijinpa Singleton, un artiste qui s’est essentiellement inspiré de son Rêve d’Eau. Jeanie peint depuis 2005. Elle peint ses histoires, ses Rêves, mais celle qui revient constamment est Mina Mina Jukurrpa (Rêve du site de Mina Mina). Dans ses peintures, elle représente de façon symbolique des oiseaux, des arbres et des pommes de terre sauvages autour de petits points d’eau à Mina Mina. Mina Mina est le pays de ma grand-mère. Je peins son Jukurrpa. Kanakurlangu. Le Rêve des femmes. Les femmes qui ont dansé et percé le sol. Elles ont dansé et créé la terre. Mina Mina – des marécages, un lac, des dunes et trop d’arbres. Elles ont créé ce pays. Ma grand-mère m’a donné son Jukurrpa. Elles m’ont appris, en peignant des motifs lors de cérémonies. Nous avons dansé et chanté ce pays et maintenant j’en porte la responsabilité. Aujourd’hui, je peins Mina Mina sur toile. J’ai appris à peindre en regardant et je trace maintenant le Jukurrpa à ma façon. C’est mon pays. J’ai dansé ce Jukurrpa, à Mina Mina, à côté de mes sœurs. Nous étions alignées, les pieds fermement sur le sol. Le sable entre nos orteils. En nous déplaçant sur le sable, nous avons chanté le pays. En suivant les traces des femmes qui nous ont précédées. Nous avons dansé à l’unisson. Je connais et je maintiens ce Jukurrpa. Mina Mina est un pays riche et abondant. Débordant de nourriture du bush – de grosses ignames, des raisins secs du désert, des tomates et des truffes. Mina Mina, ma maison, me manque. Je pense à creuser dans le sable pour trouver des goannas (varans), à ramasser ces petites baies et ces fruits. Je me souviens quand j’étais une jeune fille et que nous vivions sur la terre, marchant et voyageant avec ma famille. J’ai un profond mal du pays pour cet endroit et je pleure pour ma famille et l’époque où nous vivions sur le sol. Je pense à eux tandis que je peins lentement les motifs et que je tache ma toile. Toutes les personnes que nous avons perdues. Je suis l'une des dernières de cette époque. Ma sœur et moi. Nous nous accrochons à Mina Mina et nous nous souvenons de tous et de tout.
JEANNIE MILLS PWERLE (Apwerl) Ethnie Alyawarre / Anmatyerre – Désert Central – Communauté d’Utopia Jeannie Mills Pwerle est née le 15 mai 1965. C'est une femme Alywarre originaire de la communauté d'Utopia en Australie centrale. Jeannie est issue d'une famille comprenant des peintres célèbres du mouvement artistique aborigène. Elle est la fille de Dolly Mills, la nièce du regretté Greeny Purvis Petyarre, initié hautement respecté qui détenait des droits importants sur le Rêve d'Igname. Parmi les autres membres de la famille figurent la plus célèbre des artistes aborigènes - Emily Kame Kngwarre, ainsi que des artistes importantes, Barbara Weir ou Gloria et Kathleen Petyarre. Ce sont les femmes qui sont les plus nombreuses à peindre à Utopia et elles sont parvenues à faire connaître cette terre ingrate dans le monde entier grâce à la peinture. C’est que ces peintres / initiées ont créé un style très diffèrent des artistes du Désert Occidental. Elles sont capables de reprendre de façon très orthodoxe les motifs ancestraux (comme les peintures corporelles utilisées lors de l’Awelye, une série de rituels associés à la fertilité de la terre) ou comme Jeannie de s’inspirer de ces dessins très anciens et sacrés en leur donnant une lecture plus personnelle, plus contemporaine. Jeannie a grandi en participant aux ateliers collectifs de batik à la fin des années 1970, où les femmes d’Utopia transmettaient leurs récits traditionnels sur tissu. C'est seulement à la fin des années 1980 que la plupart des artistes d'Utopia passeront à la peinture acrylique sur toile. Cette pratique initiale a profondément influencé l'approche picturale de Jeannie, notamment dans l’usage des superpositions de couleur et des couches translucides Jeannie Pwerle se distingue par une signature chromatique et texturale immédiatement reconnaissable. Son style, hérité du batik, expose une sophistication dans le jeu des transparences et des superpositions, ainsi qu'une palette très riche —une modernité vibrante ancrée dans la tradition. Dans l’immensité aride de « l’outback », les toiles de Jeannie font référence à la vie, à l'énergie des tubercules et des feuilles de l'igname. Chez elle, chaque trait est une racine, chaque graine est un point, comme une source de vie, et chaque toile, un paysage en apesanteur où les couleurs flottent et vibrent, nouées par le souffle des ancêtres. Sa peinture est une prière chromatique : vibrante, où le souterrain du monde se révèle sous les doigts de la guérisseuse : car elle évoque aussi l'énergie spirituel du tubercule. S'l pousse, c'est que l'énergie du Rêve d'Igname est toujours présent sur les sites où les femmes vont le déterrer. Et les initiées doivent continuer à réaliser les cérémonies pour maintenir le lien avec la dimension sacrée du Rêve. C’est en réussissant parfaitement cette synthèse et en touchant un large public à travers le monde que Jeannie s’est fait un nom. Au-delà de l’art visuel, Jeannie est une ngangker — guérisseuse traditionnelle, transmettant savoirs, remèdes et culture. Elle vit à Ahalpere avec une autre guérisseuse, Lena Pwerle, encourageant d'autres femmes à participer aux pratiques artistiques et culturelles. Collections : National Gallery of Australia Holmes a Court coll,… National Gallery of Australia, Canberra Holmes à Court Collection, Perth
JEANNIE PETYARRE Ethnie Anmatyerre – Désert central – Communauté d’Utopia Jeannie Petyarre (Pitjara) est née sur les terres de la communauté d'Utopia entre 1950 et 1957. L'histoire artistique dans cette zone du désert central commence par un projet de réalisation de batiks. Nous sommes ici à la fin des années 1970. Dix ans plus tard, les initiés d'Utopia transposent leurs motifs ancestraux sur de la toile. Jeannie a fait partie de ces premiers projets artistiques. Le nom tribal de Jeannie est "Angiltha", qui signifie petit lézard. Si Le Lézard Moloch fait partie de ses sources d'inspiration pour peindre, comme les peintures corporelles, la demande s'exerce surtout sur le thème de l'Igname (associé au site d'Alhalkere - La graine d'Igname, la Feuille d'Igname, les Fleurs). Jeannie décrit diverses étapes de la croissance des plantes et de leurs parties, notamment les graines, les feuilles et les fleurs. La plante est utilisée pour ses propriétés médicinales qui peuvent être utilisées pour traiter diverses maladies, notamment les plaies et les morsures. Ses œuvres se caractérisent par des motifs vibrants, ils célébrent l'esprit de la plante igname, qui régénère chaque année. «Bush Medicine» se rapporte au processus consistant à mélanger divers fruits et plantes avec des graisses animales pour créer des médicaments. Mais l'igname est aussi une source de nourriture importante. Collections: The National Gallery of Australia, Canberra, The Holmes a Court Collection, Perth.
Jeffrey Lewis Jeffrey est issu d'une famille d'artistes. Sa mère, Atipalku Intjalki, a commencé à travailler au centre d'art il y a plus de cinquante ans, à l'époque où les artistes d'Ernabella produisaient des tapis en laine de chameau, et elle y peint encore aujourd'hui. Ses sœurs, Michelle, Langaliki et Lynette Lewis, sont toutes des artistes reconnues d'Ernabella. Jeffrey a commencé à peindre à Ernabella Arts en 2019. Atteint d'un handicap physique et non verbal, il a débuté par la peinture de petites cartes de vœux avant de se tourner vers la céramique et la toile. Jeffrey habite près du terrain de football où s'entraîne l'équipe locale, les Pukatja Magpies. Passionné par les pies, il adore les peindre. Il possède un ouvrage recensant toutes les espèces d'oiseaux de la région d'Ernabella, et c'est sur ce sujet qu'il se spécialise.
Jeffrey zimran tjampitjinpa Jeffrey est le fils de Molly Napaltjarri Jugadai, une femme Warlpiri/Pintupi originaire du lac Macdonald et ancienne peintre chez Ikuntji Artists, et le petit-fils de Narputta Nangala Jugadai. Son père, Smithy Zimran, est le frère du célèbre artiste Ronnie Tjampitjinpa ; tous deux sont des hommes Pintupi de Yumari/Pinari, situés à l’ouest de Kintore, dans le désert de Gibson. Jeffrey est né en 1976 à l’ancien hôpital d’Alice Springs. Il est le deuxième d’une fratrie de cinq enfants ; sa sœur Keturah et son frère Joseph peignent également chez Ikuntji Artists. Sa sœur Kaye travaille à Alice Springs comme interprète pour le Service des interprètes aborigènes, et sa plus jeune sœur, Elsie, vit à Haasts Bluff. Jeffrey a grandi entre Kintore et Haasts Bluff, faisant la navette entre les deux villes et fréquentant l’école primaire dans les deux. Il a ensuite fréquenté l'internat du Yirara College à Alice Springs de 1988 à 1991. Au début de la vingtaine, il a vécu à Kintore où il a reçu des initiations et passé du temps avec sa famille. À Kintore, il observait son oncle, Ronnie Tjampitjinpa, un artiste important de Papunya Tula, peindre. Ronnie avait été initié au droit Pintupi sur le site de Yumari. Avec son jeune frère Smithy Zimran Tjampitjinpa, il a ensuite rejoint la communauté aborigène de Yuendumu avant de retrouver leurs parents et leurs autres frères et sœurs – arrivés à Ikuntji (Haasts Bluff) en 1956 depuis la région de Dover Hills/Yumari – dans le nouveau village de Papunya. Jeffrey se souvient que son oncle Ronnie rapportait des toiles à la maison et qu'il s'asseyait avec lui pour l'observer peindre, fasciné par ses techniques. Jeffrey a commencé à peindre fin 2008 avec Ikuntji Artists et Papunya Tula. Il peint le Waru Tjukurrpa (rêve du feu de brousse), un motif transmis par son père, Smithy Tjampitjinpa Zimran. Il peint également des Tali (dunes de sable) et a récemment commencé à peindre le Tjilpi Kutju Tjukurrpa (un vieil homme). Ce dernier est le Tjukurrpa de son père et de son grand-père. Ses grands-pères, Uta Uta Tjangala et Minpuru Tjangala, qui l'ont également peint, le lui ont transmis. Jeffrey vit maintenant à Haasts Bluff avec sa famille et peint pendant son temps libre.
Jenita Tjarurru Robertson est née à Perth et a grandi avec sa tante à Warburton, une communauté aborigène située juste au sud du désert de Gibson, en Australie-Occidentale. Durant son enfance, elle passait souvent du temps avec son grand-père qui vivait dans un minuscule hameau isolé, composé de quelques maisons en pleine brousse. Il habitait près d'un point d'eau où l'on trouvait de quoi se nourrir, et l'emmenait chasser le dindon sauvage ou chercher des fourmis à miel. Aujourd'hui, elle peint pour représenter ce point d'eau et le savoir de son grand-père. En 2020, elle a déménagé à Nyirripi, dans le Territoire du Nord, pour vivre avec la famille de son compagnon et élever ses enfants.
Jennifer Lewis Napaljarri Ce Rêve appartient aux femmes Nakamarra et Napurrurla et aux hommes Jakamarra et Jupurrurla. Il est associé au site de Jaralypari au nord de Yuendumu. Lukarrara est le nom d’une plante qui donne des petites baies qu’on écrase pour donner une farine dont les Aborigènes font une espèce de galette. Jennifer ne célèbre pas seulement la plante mais le Rêve qui lui a donné vie. Jennifer est née en 1962 à Areyonga. C’est là qu’elle a été à l’école avant de poursuivre des études à Alice Springs, la seule ville du désert. Puis elle retourne dans sa communauté où elle travaille pour les services administratifs. Elle y rencontre Colin Jakamarra Gibson, le fils de Nancy Gibson, une artiste et initiée importante de la communauté de Nyirripi. Elle se marie avec lui et s’installe dans cette petite communauté. Elle commence à peindre en 2009. Elle est du groupe Pitjantjatjarra et son style est un peu diffèrent des autres peintres de Nyirripi et Yuendumu.
Jennifer Purvis Kngwarreye Ethnie Alyawarre / Anmatyerre– Communauté d’Utopia – Désert central Jennifer fait partie d’une famille comptant des membres importants dont son père Greenie Purvis, grand initié et peintre célèbre. A noter le graphisme particulier de cette toile pour une artiste d’Utopia.
Jennifer wirri groupe Arrente / Luritja – Haasts Bluff – Désert Occidental Jennifer est issue d'une famille qui compte plusieurs peintres, essentiellement des artistes qui s'expriment par l'aquarelle et dans un style figuratif,
Jessie Hunter Petyarre Née en 1957 à MacDonald Downs, dans le Territoire du Nord de l’Australie, Jessie Hunter Petyarre (parfois orthographiée Jessie Pitjara Hunter) s’élève dans un écrin de terre rouge, de chaleur et de savoirs ancestraux. Son pays, Atnwengerrp (ou Arawerr, selon certaines sources) au sein de la région de Utopia, marque dès l’enfance son horizon visuel, sonore, spirituel. L’artiste appartient aux langues Alyawarre et Anmatyerre, langue-matrices qui tissent sa relation au pays, au temps du Dreaming, aux cérémonies des femmes et aux plantes qui guérissent, qui nourrissent, qui chantent. Elle grandit dans une famille déjà fertile en artistes?: sa mère, Molly Pwerle, figure respectée du clan Pwerle (avec les sœurs de Molly, Minnie, Emily et Galya), et ses frères et sœurs — Annie, Susan, Sandy — partagent avec elle le souffle de la peinture, de la couleur, des motifs, des histoires. Jessie commence par le batik sur soie, comme beaucoup dans la communauté de Utopia, lorsque cet art textile est encouragé dans les ateliers locaux. On est à la fin des années 1970. Le batik, avec ses teintes délicatement imposées, ses contours flous là où la cire n’a pas tout retenu, est un apprentissage des matières, des couleurs et des motifs, mais aussi une initiation aux histoires des cérémonies féminines. En 1988, un virage s’opère : Jessie adopte la peinture acrylique sur toile, lorsque la peinture moderne est introduite à Utopia, particulièrement autour de projets collectifs comme The First Works on Canvas, a Summer Project soutenu par le centre CAAMA. Ce passage n’est pas seulement technique — il s’accompagne d’un déménagement de l’intime vers le public, de l’objet utilitaire ou textile vers l’œuvre accrochée, visible, exposée. Ce qui frappe d’emblée dans l’œuvre de Jessie Hunter, c’est la finesse, presque la délicatesse de son travail : les motifs faits de points très fins tissés ensemble, les points nombreux, serrés, tressés comme des fils de pollen, ou de miel — car l’un de ses Rêves / Dreamings majeurs est celui du Sugar-Bag, le miel des abeilles sauvages, trésor de la brousse, or liquide. Un autre thème fondamental est Awelye, la cérémonie des femmes, ou plus précisément les peintures corporelles — les motifs que les femmes appliquent sur leurs bras, leurs épaules, leurs torses, leurs jambes — dans le cadre cérémoniel. Jessie peint ces dessins depuis une perspective aérienne, comme si le regard des ancêtres était celui d’un oiseau ou d’une entité céleste, capable de voir le tissu dessiné du cérémonial collectif, les femmes alignées autour des puits d’eau, les chants s’élevant au-dessus de la terre. Ses œuvres intègrent aussi les plantes de son pays — le Bush Honey Grevillea (Grevillea, ou la fleur du miel du bush) étant, dans certains tableaux, une présence vivante. Jessie vit dans l’outstation (campement) d’Irrultja, à Utopia. Elle mène sa vie en lien étroit avec le bush — ses saisons, ses plantes, les danses, les cérémonies. Ce mode de vie nourrit son art : non pas de manière romantique, mais avec une évidence, un enracinement si profond qu’on le perçoit dans le moindre point de ses peintures. La transmission joue un rôle central. Jessie n’est pas seule dans sa pratique : sa mère, ses sœurs, ses frères, tous œuvrent dans ce grand atelier qu’est la communauté. Les histoires sont racontées, les chants sont appris, les motifs — ceux permis aux femmes dans leur lignée — sont préservés. Son art est donc aussi acte de mémoire, acte de résistance : les savoirs anciens ne disparaissent pas, ils se réinventent. Lorsque l’on regarde un tableau de Jessie, on y voit d’abord la répétition des points, des motifs, une sorte de vibration visuelle. Mais au-delà, cette vibration raconte le temps. Le temps du Rêve, du Dreaming, celui des cérémonies répétées depuis des générations, celui des saisons qui passent, qui brûlent la terre, qui redonnent vie. Les ocres, les rouges, les jaunes, les blancs — les couleurs traditionnelles — dialoguent avec les pigments modernes de l’acrylique, mais toujours portée la lumière du désert : éclat du soleil, douceur de l’aube, ombres longues du soir. Ce mélange crée un espace suspendu, autant géographique que spirituel. Depuis les années 1980–1990, Jessie Hunter a exposé dans de nombreuses galeries en Australie comme à l’étranger. Ses œuvres font partie de collections publiques prestigieuses : la National Gallery of Australia à Canberra, la Queensland Art Gallery à Brisbane, le Holmes à Court Collection à Perth, l’Aboriginal Art Museum aux Pays-Bas, parmi d’autres. Ses expositions collectives mettent souvent en lumière non seulement la dimension esthétique de ses œuvres, mais aussi leur force culturelle : les cérémonies, la transmission, la femme, le pays, le Dreaming. Elle participe à des projets où le regard de l’artiste aborigène s’affirme comme une parole silencieuse mais puissante, comme un paysage intérieur qui s’étend vers l’extérieur. COLLECTIONS National Gallery of Australia, Canberra The Holmes a Court Collection, Perth The Art Gallery of New South Wales Aboriginal Art Museum, The Netherlands Queensland Art Gallery, Brisbane